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Bulletin 4

SOMMAIRE BULLETIN N° 4


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Avant-Propos
Serge Jacquemond
Réflexions sur le temps présent
Le pétrole et le Tchad - Christian Graeff
D’Houphouët à Gbagbo et d’autres - Paul Blanc
La société sénégalaise - Babacar Sall et Henri Senghor
Vietnam et Asean : une intégratoin à multiples facettes - Thierry Apoteker
Tavini Tahoeraa ? Polynésie 2004 - Pierre Vérin
Des Marsouins en Haïti - Serge Jacquemond
Rencontres

Adieu comptoirs ! Bonjour Pondichéry !
Le transfert des comptoirs - Philippe Decraene
Retour à Pondichéry - Douglas Gressieux
Des rives du haut Nil aux rivages de Basse Provence
• A Frejus, l’Outre Mer en terre de France - Marc Botti
De Fachoda à l’entente cordiale - Daniel Morin et Jean Honorat
• A Toulon, souvenir du 15 août 1945 - Pierre Simonet
- Devoir de mémoire - Col Mademba Sy
Vu, lu, entendu

Entendu à la radio - Jean Jerusalémy et Marc Dequecker
Vu à la télévision - Jean Serjac
Vu au cinéma - George Sanner
Lu dans la presse :
Presse française - Jean de la Guérivière
Presse étrangère - Guy Girod Genet

Lu chez le libraire :
Noir Prophète- Raymond Césaire
Latitude, attitude- Jean Serjac

La vie d’Arom
Activités de l’association
Association amies :
L’Association «Frères d’Armes» Joël Marchand
Images et mémoires - Philippe David

Avant-propos

Arom n’hésite pas à remonter dans le temps, non par nostalgie frileuse ou érudition inquisitive, mais simplement pour savoir, comprendre, réfléchir, positionner les événements dans la durée. Ce bulletin 4 est presque un inventaire ; l’année 2004 s’y prête !

Il y a 2 siècles : 1804 – Naissance du premier Etat indépendant peuplé d’anciens esclaves : Haïti, pas loin des Etats-Unis d’Amérique qui viennent d’acheter à la France l’immense territoire de la Louisiane pour 80 millions de Francs Or. Le Siècle des Lumières n’est pas terminé, en fait : à Paris, Washington, Port-au-Prince, on trouvait normal d’acheter au prince ses terres souveraines.

    • En 2004, Haïti demande le remboursement de ce qu’il a payé à l’ancien souverain, tandis que la communauté internationale mandate des militaires de l’ancienne puissance coloniale pour essayer d’endiguer le chaos dans lequel se débat le pauvre peuple.
    • Il y a un siècle : 1904 – « L’entente Cordiale » entre les 2 ennemis héréditaires (impensable six ans auparavant) se réalise. Bon marchandage après l’humiliation de Fachoda.
    • Un peu plus près de nous : Il y a 60 ans, débarquent en Provence, nos libérateurs. Les cérémonies rappellent opportunément que ces libérateurs (pour ce qui concerne les Français) sont pour moitié des Africains….et le Président de la République d’en profiter pour honorer l’Algérie indépendante depuis 40 ans, en décorant de la Légion d’Honneur sa capitale… l’ancienne capitale de la France Libre !...
    • Encore plus près : 1954 – L’Inde française des 5 petits Comptoirs, devient un état de l’immense « Union Indienne »….évolution inéluctable que le parlement français mettra 8 ans à entériner !

Guerres, massacres, affrontements, médiations, traités, se succèdent. Pour bien « graver dans le marbre » (en fait des remous dans l’eau du temps) l’importance du moment, on déplace les monuments-symboles : la statue de Dupleix quitte la grand place de Pondichéry pour se réfugier derrière les grilles du Consulat de France (comme à Casablanca la statue de Lyautey). Une capitale africaine transforme l’inscription du monument aux morts Tirailleurs et poilus côte à côte ; le monument est même dédié « Aux martyrs du colonialisme ». Mais à Dakar par contre, la statue « Demba et Dupont » reprend sa place d’honneur lors de la « Journée du tirailleur »…les habitants du Sénégal n’étaient-ils pas français bien avant les Savoyards ou les Niçois ?..

Ainsi va le monde….Péripéties de l’Histoire : A Arom nous privilégions ce qui demeure : l’amitié entre les peuples en dépit des  haines  manipulées à Abidjan ou des disputes dérisoires à Papeete. Plus durable : le développement en cours de l’Asie du côté de Hanoï la Francophone, le développement à venir de l’Afrique à partir de N’Djamena l’enclavée.

Serge Jacquemond

 

Réflexions sur le temps passé et présent

Le pétrole et le Tchad - Christian Graeff

Christian Graeff, ambassadeur de France, notamment en Libye et en Iran, a commencé sa carrière comme administrateur d’un district nomade du Tchad. En 1991-93, il était conseiller diplomatique du Président du groupe TOTAL.

Depuis sa découverte, dès le début des années 1970, l'histoire du pétrole au Tchad n'est pas précisément ce qu'en anglo-américain on nomme une « success story ». Alors que des gisements présumés importants avaient été reconnus par la société américaine Conoco au nord du lac Tchad (Kanem), puis, que de façon plus évidente des réserves nettement supérieures étaient identifiées dans la fosse de Doba (Logone oriental), des différends inter-africains venant s'ajouter aux interminables conflits internes qui paralysent le développement du Tchad depuis son accession à l'indépendance ont longtemps retardé, d'abord, les indispensables travaux de reconnaissance préalables sur le terrain, ensuite, les lourdes négociations inhérentes aux modalités de financement et de mise en œuvre d'une économie pétrolière dans un pays démuni.

Négociations et concessions
Dans un premier temps, le gouvernement tchadien décida l'exploitation du seul gisement de Sedigui-Rig-Rig au nord du Lac, en vue d'alimenter une mini-raffinerie dont la construction à proximité de la capitale, soit à 320 kilomètres du gisement, pouvait permettre de couvrir la consommation locale en produits pétroliers (123.000 tonnes en 1990 durant 10 à 15 ans. Fut alors constituée la Seerat - Société d'Etudes et d'Exploitation de la Raffinerie du Tchad - dont les parts étaient détenues à 51 % par l'Etat tchadien et pour 49% par un consortium regroupant les compagnies Esso-Exxon, Shell et Chevron.

On peut s'étonner que, des deux pétroliers français, aucun ne souhaita alors entendre l'appel du président ldriss Deby qui se montrait désireux de diversifier les relations du Tchad dans ce domaine. Curieusement, nos sociétés pétrolières négligèrent de s'intéresser à Lin, secteur d'avenir, et d'envisager les potentialités d'une coopération renforcée avec le Tchad, alors que le poids de notre pays dans son économie risquait dès lors de devenir marginal. Chez Total, le conseiller diplomatique du président de la compagnie que j'étais, eut beau tenter de jouer de la corde sensible - « Trop politique », jugea Serge Tchuruk En fait, la stratégie du groupe telle qu'il venait de l'orienter (nous étions en 1991) voulait que priorité absolue soit réservée dans le choix des investissements à opérer, à la conquête de nouveaux périmètres prometteurs en gaz, cette « énergie du XXI ème siècle » comme aimait à le proclamer le président Tchuruk ( Il se voulait déjà « le petit jouant dans la cour des grands ») et je n'eus, cette année là, aucune peine à le convaincre de tenter de négocier - en dépit de tous les obstacles prévisibles - avec l'Iran des Ayatollahs afin de devenir le premier partenaire occidental du grand Satan iranien, l'Iran faisant figure pour les experts de deuxième réserve mondiale de gaz. Ce projet par la suite fut couronné de succès …

Quant à Elf-Aquitaine, ses raisons étaient tout autres. Pour Loïc Le Floch-Prigent, le Pétrole « politique » n'a jamais fait peur, loin s'en faut, et surtout s'agissant d'or noir en Afrique, La stratégie propre à « l'émir » (son surnom au sein des « réseaux ») le conduisait à être partout présent et si possible influent dans la région - au Niger, au Cameroun. au Gabon, au Congo, comme plus tard en Angola. Elf-Aquitaine n'avait donc pas négligé de négocier quelques années auparavant sa participation au consortium des sociétés américaines. Mais à l'époque, le président Hissein HABRE qui supervisait personnellement le dossier ne semblait pas vouloir favoriser particulièrement la participation de sociétés françaises dans ce secteur (c'est ainsi que Total, très présente alors dans le domaine de la distribution avec 32% du marché, et qui s'était portée demandeur, n'avait pas été invitée à participer à la constitution de la Seerat). Au reste, les droits d'entrée très élevés exigés alors pour intégrer le consortium, au motif de l'importance des investissements requis, n'étaient pas de nature à encourager à ce stade les velléités du groupe Elf.

Seule à s'engager résolument au Tchad, la société d'Ingénierie française Technip fut désignée fin 1990, pour diriger les études sur l'exploitation du gisement nord, préparer les appels d'offres concernant les trois modules à réaliser (oléoduc, raffinerie, centrale thermique) et assurer la supervision des travaux. Ceux-ci, d'une durée prévue de 26 mois allaient en fait s'éterniser. Car si la première phase était financée par la Banque Mondiale - à hauteur de 10 millions de dollars -. il avait été prévu que la réalisation de l'ensemble du projet, dont le coût était évalué à 100 millions de dollars, devrait être couverte à 70% par l'Etat tchadien (grâce à des prêts extérieurs : Bird. Bad, BEI, CCCE) et à 30% par la Seerat. Confiée de gré à gré à une société soudanaise, Concorp, la construction ne fut jamais achevée, ladite société ayant disparu avec les millions de dollars versés.

Si l'exploitation de Sedigui au Nord ne soulevait aucun problème de fond (de territorialité. ou de gouvernance), il devait en aller tout autrement pour les importants champs pétroliers du Logone, région frontalière de la République Centrafricaine, qui est un autre Etat des plus pauvres du monde. Dès son élection, le président centrafricain Ange-Félix Patassé, tenta, mais sans succès, d'obtenir de son homologue tchadien « l'exploitation en commun dans l'intérêt des deux peuples ». Le pétrole de Doba devenait ainsi une source de tensions supplémentaires, entre deux pays qui s'accusaient épisodiquement d'abriter des opposants armés et de fomenter des complots.

Il n'empêche, le Tchad du président Deby ne faiblit pas dans sa volonté d'aller de l'avant. En 1992, Elf Hydrocarbures Tchad fait son entrée dans le consortium. à hauteur de 16%. Esso Exploration and Production Tchad, filiale d'Exxon. est alors opérateur et vient de lancer la phase finale de définition de ce que certains croient pouvoir tenir pour l'un des plus grands projets pétroliers de l'Afrique sub-saharienne Les réserves récupérables dans les champs de Miandoum, Komé et Bolobo vont être évaluées à plus de 100 millions de tonnes : elles justifient des investissements tournant autour de 2,5 milliards de dollars. La Banque Mondiale décide alors de s'intéresser au projet et d'en suivre les développements. Avec des pics de 225.000 - 250.000 barils/jour, le pétrole de Doba devrait rapporter environ 200 millions de dollars par an au Tchad, et doubler le PIB tchadien durant un quart de siècle

En 1994, à la mi-janvier, est signé à Yaoundé un protocole entre le Tchad, le Cameroun et le consortium concessionnaire du « permis H » tchadien comprenant Esso (40%), Shell (40%) et Elf (20%) Les signataires approuvent les conclusions des études relatives à la construction d'un oléoduc de 1050 kilomètres, dont 880 en territoire camerounais, avec Kribi pour débouché maritime. La construction de l'oléoduc et des installations d'exportation, quant à elle, nécessitera un investissement total de 2,2 milliards de dollars. Si la mise en exploitation des gisements de Doba renferme pour le Tchad la promesse d'un enrichissement durable, elle représente une aubaine pour le Cameroun dont la production pétrolière est en déclin (110.000 b/j en off-shore, en baisse continue).

Construction et indemnisations
En 1998 le consortium signe un protocole d'accord avec le gouvernement tchadien portant sur le développement des champs de Doba et la construction du pipeline. Mais, sur le terrain, les choses se gâtent entre le pouvoir de Ndjamena et la population. Tandis que les atermoiements de la Banque Mondiale découragent les investisseurs. des ONG se créent pour mener le combat de l'indemnisation des paysans spoliés de leurs terres. En 1997, Elf quitte le consortium, et Shell fait de même. Un nouveau groupement prend le relais. avec les américains Exxon Mobil (40%) et Chevron Texaco (25%). auxquels s'agrége le malaisien Petronas (35%). Le 20 janvier 2000. le Parlement européen vole une résolution demandant à la BEI de suspendre sa contribution de 44 millions d'euros pour Doba tant que les « exigences sociales et environnementales » n'auront pas été garanties. Le gouvernement tchadien réagit en invitant les députés de Strasbourg à venir constater la situation sur place. La délégation des parlementaires européens conclura que le pétrole « peut être une solution » pour lutter contre la pauvreté et l'Union européenne cessera son hostilité au projet. Entre temps, la Libye du colonel Kadhafi a offert au président Deby de remplacer les compagnies occidentales qui se retirent, n'hésitant pas à accuser celles-ci de chercher à priver le Tchad de la manne pétrolière.

Le 6 juin 2000, après des années d'hésitations et de tergiversations, la Banque Mondiale donne enfin son feu vert : elle apportera à la fois sa contribution financière (un prêt de 39,5 millions de dollars) et une caution morale jugée « indispensable » par le meneur de jeu Esso. L'institution prévoit de s'impliquer dans un contrôle strict de l'utilisation des recettes pétrolières et de suivre cette expérience de près. Outre les opposants au régime Deby, plusieurs organisations non gouvernementales restent cependant sceptiques sur l'efficacité d'un tel contrôle, qui entend garantir l'utilisation exclusive des revenus pétroliers pour le financement de projets de développement. Fort de la bienveillance nouvelle de bailleurs de fonds longtemps réservés à l'égard du Tchad, Idris Deby pourra miser sans coup férir sur l'« effet pétrole » pour assurer sa réélection un an plus tard (20 mai 2001) et ce, en dépit d'une décennie d'usure du pouvoir, de la pesanteur frontalière de la Libye, d'une rébellion armée au Tibesti qui ne désarme pas.

Exploitation et contestations
C'est le 29 juin 2003 que le consortium lancera la production sur les sites de Komé, Bolobo et Miandoum. Plus de 50 millions de barils ont été exportés entre octobre 2003 et août 2004, pour un chiffre d'affaires de 900 millions de dollars. A qui va profiter dès lors le pactole ? D'une manière générale en Afrique, personne ne sait au juste comment se partage la rente pétrolière, tant la fiscalité est complexe, le partage de production variable, les coûts incontrôlables. Même s'il n'en reste que 30% pour le pays, c'est relativement beaucoup pour ceux qui n'investissent rien en fonds propres comme c'est le cas du Tchad aussi bien que du Soudan, de la Guinée équatoriale ou de l'Angola. Les compagnies exploitent et transportent sans grand contrôle des autorités nationales ce qui est à la source de bien des soupçons, et qui nourrit le risque de sévères contentieux. Des 900 millions de dollars réalisés, le Tchad n'avait perçu au 30 juin dernier que 70 millions, dont la moitié destinée à provisionner les réserves de la dette. Des pourparlers sont engagés entre les deux parties du 14 au 30 septembre : ils se soldent par un échec. Là n'est d'ailleurs pas le seul point de divergence. Ndjamena conteste également le fait que le comptage du produit exporté se fasse à Kribi, le port camerounais de transit du pétrole tchadien, et non à Komé comme le prévoit la convention signée, entre les deux parties. Cette situation crée un « stock mort » de quelque 12 millions de barils. équivalent au pétrole contenu dans l'oléoduc long de plus de 1000 kilomètres. Autre contestation : elle a trait à la décote du brut tchadien - autour de 10 dollars/b. par rapport au brent (brut de référence, extrait en mer du Nord). Plus sérieux encore : les calculs effectuée depuis janvier 2004 par le consortium sont effectués sur la base d'un baril à 25 dollars, alors que le prix moyen frôle le seuil de 40 dollars. Rendues publiques par la présidence tchadienne, ces divergences ne provoqueront aucun commentaire du consortium, non plus que de la Banque Mondiale, partenaire du projet pétrolier de Doba (et qui, pour avoir parrainé les accords entre Ndjamena et les groupes pétroliers, a une responsabilité morale dans leur exécution). Parce que le président Deby ne peut faire comme si de rien n'était (étant en ligne de mire, il a réuni le président du Parlement et certains chefs de partis avant de passer à l'offensive contre les compagnies), le risque de crise durable apparaît sérieux...

Une petite lueur, cependant. au bout du tunnel ... Une convention de financement d'un montant de 23 millions d'euros a été signée le 19 juillet dernier entre le gouvernement tchadien et la Banque islamique de développement - la BID - pour la construction, clé en main, d'une centrale à Farcha, en périphérie de la capitale, dotée d'une puissance de 25 mégawatts, la nouvelle unité devrait mettre fin à la crise énergétique dont souffre Ndjamena. La Société Tchadienne d'Eau et d'Electricité (STEE) n'exploite aujourd'hui qu'environ 10 MW, ce qui représente moins de la moitié des besoins estimés de la ville ... Mais le problème du coût de l'énergie supporté par les consommateurs reste entier : l'électricité tchadienne a un prix des plus élevés du continent (double du Mali. 8 fois supérieur à celui du Ghana). La mise en exploitation du gisement pétrolier de Sedigui, doté d'un brut léger facilement utilisable. permettrait d'obtenir un carburant moins cher, si la construction projetée d'un oléoduc et d'une raffinerie trouvait enfin (quelque trente années après) sa solution.

L'Etat tchadien assure que la sortie de crise est désormais imminente. En attendant les prochains épisodes … On a toutefois quelque peine à le croire.

D’Houphouët à Gbagbo….et d’autres… - Paul Blanc

Les juges et l’histoire

On ne réécrit pas l’histoire. Pas plus celle de la Côte d’Ivoire que les autres. On peut imaginer cependant que si Alassane Haïdara avait pu entrer dans des conditions normales en compétition avec Henri Konan Bédié ou Laurent Gbagbo, le pays ne serait pas allé si loin dans la voie du chaos et, pire encore, de l’éclatement. Désastreux précédent pour une Afrique dont les frontières sont fragiles, non en raison de leur caractère artificiel mais on l’a trop souvent écrit (toutes les frontières sont artificielles sauf celles des îles …et encore !) mais parce qu’elles sont récentes.

Or Alassane Haïdara avait été reconnu ivoirien, non seulement lors d’un forum à la fois tardif (décembre 2001) et politique (ce qui compromettait la durabilité et l’efficacité de la décision) mais sensiblement plus tôt par un magistrat ivoirien (chrétien, semble-t-il) qui a conté dans un livre les péripéties de sa carrière d’esprit indépendant.

Les juges sont considérés volontiers comme étrangers au calcul politique, ce qui autorise ensuite à négliger leurs décisions quand elles touchent au domaine de l’action de l’Etat ou de ses démembrements. Dans le cas qui nous intéresse, tout donne à penser que le juge courageux avait, par une décision purement juridique et objective, ouvert la voie à des cheminements politiques sensiblement pus satisfaisant que ceux qui ont été suivis.

De vieux ivoiriens auraient pu se souvenir que si Félix Houphouët Boigny avait pu orienter son pays vers une décolonisation pacifique à partir de 1950, c’était parce qu’à un moment crucial pour la côte d’Ivoire, dans les mois qui ont suivi l’adoption par le R.D.A du programme d’action insurrectionnel de Treichville, au milieu des violences de toutes sortes, notamment dans le cercle de Daloa, deux magistrats avaient eu en janvier 1950, l’habileté, le premier, un substitut, d’arrêter un comparse et non comme il en avait le droit et l’instruction, le futur Président lui-même, le second, le procureur, d’informer ce dernier que des mesures d’une extrême rigueur contre lui et sa région n’étaient pas exclues.

Ces actes, Félix Houphouët Boigny a su en tirer la leçon. En effet au moment même où il se trouvait à la pointe du mouvement d’opposition violente aux autorités françaises, celui-ci conscient de ses responsabilités à l’égard de son pays et de ses compatriotes et inquiet devant le spectacle du désordre social et humain que ne cessaient de provoquer les initiatives de son parti, s’interrogeait gravement sur les dangers de la stratégie suivie jusqu’alors et sur la possibilité, tout en poursuivant son but d’émancipation de la Côte d’Ivoire, d’adopter par un renversement tactique une politique de dialogue constructif : celle qui a inspiré son action postérieure aux événements de 1950.

Comme les autorités françaises, nationales et locales, ont su répondre avec intelligence aux préoccupations de celui qui, d’adversaire politique obstiné allait devenir partenaire amical, une nouvelle ère de paix et de prospérité a commencé pour la Côte d’Ivoire.

Une œuvre d’autodestruction

Toute donne à penser que si Laurent Gbagbo, un demi-siècle plus tard s’était souvenu de la leçon selon laquelle des décisions judiciaires peuvent contribuer à l’équilibre politique, le pays ne serait pas dans l’état dans lequel il se trouve aujourd’hui alors qu’au cours de la décennie 1990-2000, il était, mieux que la grande majorité des pays africains, engagé dans ce que les spécialistes du développement appellent le « décollage ».

Cette œuvre d’autodestruction menée par Laurent Gbagbo n’est pas isolée. Les économistes internationaux, conseillers de nombre de gouvernants, écartent souvent l’Afrique des mécanismes de la mondialisation, jugés bénéfiques pour le reste de la planète. En dépit de programmes d’aides multiples et de réalisations substantielles (au premier rang celle de la France), l’exclusion de l’Afrique du nouveau « concert des nations » risque de devenir définitive et avec elle la poursuite de l’appauvrissement du continent.

Or, les jeunes générations, mieux informées voient clair sur l’état de la pensée économique régnante et sur la réalité de la mondialisation, et savent que la mise à l’écart de l’Afrique est imputable certes à la concurrence sans merci de nations mieux placées dans la compétition mondiale mais surtout le plus souvent à leurs propres gouvernements, soit ces derniers gèrent mal les affaires de l’Etat, y compris mais pas seulement par une intense corruption ; soit que Laurent Gbagbo et à l’inverse de Félix Houphouët Boigny, ils exaspèrent les dissension inter régionales, inter éthiques et interconfessionnelles. Dans des pays à l’équilibre fragile cela aboutit très vite à des éclatements, des guerres internes, des famines et des épidémies. Certes l’affaire yougoslave a montré que le continent n’avait pas le privilège des désastres à cause ethnico religieuse, mais qu’importe, ce qui compte c’est que le continent où les gouvernements devraient prendre le maximum de précautions à cet égard est celui où un grand nombre d’entre eux en prennent le moins.

Une réflexion libre sur l’Afrique

Participant au printemps dernier au nom d’Arom à la semaine « Vision d’Afrique » de Montpellier (voir bulletin n° 2) organisée par le collectif des associations africaines sur le thème « Renaissance africaine », j’ai pu prolonger longuement par la suite, nos conversations. La liberté de l’échange aidant, nous avons eu tendance à reconstruire le monde ! Mais je me suis trouvé en face d’esprit lucides et déterminés, moins soucieux d’analyser le passé ancien et récent, que d’aller au fait en écartant les théories et en cherchant ensemble ce qui pouvait concrètement être réalisé pour que l’Afrique retrouve à la fois une perspective sérieuse de progrès et ne soit plus exclue avec désinvolture du concert économique des nations. Le fléau du sida a été abordé en priorité absolue, mais séparément, comme étant le plus grave défi humain lancé au monde entier : on peut exclure l’Afrique de la mondialisation des affaires, pas de celle de la souffrance et de la mort ! La réflexion s’est poursuivie en présumant que tous les Etats allaient enfin s’associer pour mener d’urgence des campagnes épidémiologiques à la hauteur de la nouvelle grande peste. Pour le reste, toutes les réflexions ont convergé vers une seule question : comment assurer ce que l’on appelle (fâcheusement) la bonne gouvernance ; et dans la recherche de celle-ci, la suppression ou du moins la réduction drastique de la corruption étant un présupposé, en imaginant des moyens réalistes et parfois inattendus pour y parvenir (dans le tableau de déshonneur de la corruption le Nigeria est 2 ème, le Cameroun 5 ème, le Kenya 6 ème, la Côté d’Ivoire 7 ème), c’est la mise au point de stratégies en vue de maintenir et peut-être de conforter une stabilité ethnico politique qu’il est à peu près impossible de rétablir quand elle a disparu, qui a constitué le thème central des échanges. Le reste a suivi, bien sûr, mais comme découlant du premier point.

Dans l’esprit de nos discussions mes interlocuteurs sont intéressés par Arom dans laquelle ils voient une association enfin soucieuse de faire connaître autour d’elle la réalité de l’Afrique et d’établir des relations directes avec les Africains. L’un d’eux a adhéré.

La société sénégalaise.

Évolution sociale et culturelle par Babacar SALL, docteur en sociologie, chargé de conférence à l’EHESS.

Exposés faits dans le cadre du cycle « Les réalités d’Afrique» d’ARRI le 21 septembre 2004. (Notes d’Henri Douard et de François Toussaint).

L’histoire des peuples du Sénégal doit être étudiée au niveau de l’homme. Il faut comprendre que si l’aide d’urgence peut répondre à la sécheresse ou à d’autres calamités, devenues monnaie courante, elle détruit le tissu social : celui qui reçoit ne peut rendre et en reste humilié. La France a construit un « imaginaire », il y a eu de nombreux métissages et les liens sont forts.

La charpente sociétale
Elle comporte deux volets : l’un ethnique (on dé-nombre 24 ethnies !), avec la domination des Wolofs (40% de la population) qui a fondé l’unité du pays, suivis des Peuls (24%) et des Sérères, celle du prési-dent Senghor (15%). L’autre religieux, le Sénégal est une société religieuse à 98%, avec la domination d’un islam sénégalais (90% de la population) qui repose sur de multiples confréries, les unes urbaines (les Thidianes) les autres rurales (les Mourides). Les chrétiens et les « inclassables » sont environ 10%.

La perte d’influence des confréries
A la chute de la royauté, les marabouts ont cherché à combler le vide politique. Les confréries, depuis la colonisation, jouaient le rôle d’intermédiaires entre le pouvoir politique et la population. Dans les années 70, on assiste à un déclin de leur médiation. L’apparition du «ménage» (un couple et ses enfants), dès la fin des années 60, est un nouveau facteur d’affaiblissement. Jusque-là, les familles élargies comprenaient de vingt à trente membres. De plus, les coopératives évitent aux individus d’être sous l’autorité du collectif (confréries ou familles). L’exode rural a abouti à la saturation des villes et désorganisé les structures traditionnelles.

La transformation de la base sociologique
L’idée et la réalité d’un État «développeur» se sont effritées. L’économie informelle s’est développée. L’influence des organisations d’immigrés, relativement riches, progresse. Il y a un conflit de modernité entre les migrants d’Occident qui importent des visions politiques et syndicales en opposition avec celles des autorités locales. Il y a un autre conflit entre les élites « arabisantes » qui soulignent l’échec du modèle occidental de développement prôné par les « occidentalistes ».

La laïcité un moteur de la démocratie par Henri SENGHOR, ancien ambassadeur, vice pdt de la CADE

L’irruption actuelle du religieux dans la politique pose problème. L’Afrique concentre 12% de la population mondiale et comporte une forte proportion de jeunes. Plus de trente ans après les indépendances, le développement n’est pas au rendez-vous et il y même des échecs graves. Il y a une grande disparité des niveaux de vie, de nombreux régimes autoritaires subsistent, les besoins sont multiples, en particulier en matière d’organisations régionales. Le NEPAD est une première réponse.

La laïcité à la sénégalaise
Le principe fondamental de laïcité a été défini par Renan : « La laïcité, c’est l’État neutre entre les croyances ». L’administration coloniale, au début du XIX° siècle, est inspirée par le laïcisme et l’anticléricalisme. De multiples loges maçonniques se sont développées en Afrique recrutant parmi les cadres. La position des musulmans est nuancée, sunnites et chiites s’opposent, ces derniers font bien le distinguo entre le religieux et le politique. Une troisième voie souhaite la fin des ingérences de l’État dans les activités religieuses.

Depuis l’indépendance, le Sénégal est un État laïc qui sépare, sans opposition, le politique du religieux. La Constitution, modifiée à plusieurs reprises, permet la cohabitation de la religion traditionnelle, l’animisme, de la religion catholique, issue de la colonisation, et de la religion dominante, l’islam. Le code de la famille a été défini en 1972. Le mariage implique le consentement des deux époux, fussent-ils mineurs. Aujourd’hui, de plus en plus de femmes s’opposent à la polygamie et recourent au divorce. En revanche, certains musulmans prônent le retour à la répudiation.
Deux types d’enseignement sont en vigueur : français et arabe. Le président Senghor a construit un modèle qui intègre les diverses religions y compris l’animisme. Le président Wade avait envisagé de supprimer la référence à la laïcité ; la réaction populaire l’a fait reculer. Le problème religieux demeure. L’islam noir a progressé face au christianisme. Il y a danger de détournement de la religion. Mais l'espoir reste permis. Il faut faire confiance à la société civile qui, en ce qui concerne le Sénégal, est source de cohésion et de tolérance religieuse et politique.

Vietnam et ASEAN : une intégration à multiples facettes - Thierry Apoteker

Thierry Apoteker est directeur de TAC, bureau indépendant de recherche économique appliquée qui effectue notamment de nombreuses études sur l’Asie du Sud Est. Voir www.tac-financial.com

Le Vietnam est, après la Chine, une des économies les plus dynamiques d’Asie, et du monde. Avec une population d’environ 80 millions d’habitants, le pays a enregistré une croissance très rapide au cours des dernières années (7.4% par an en moyenne, pour le PIB, entre 1994 et 2003, et un PIB par habitant, mesuré en parité de pouvoir d’achat, qui a été multiplié par 2.5 depuis le début des années 90), permettant un véritable décollage économique et une réduction considérable de la pauvreté. Ces performances ont été obtenues dans le cadre institutionnel d’une intégration réussie dans les flux d’échanges et d’investissements mondiaux, mais aussi, fait moins analysé, dans l’ensemble régional que constitue l’ASEAN (ANSEA en français : Association des Nations du Sud-Est Asiatique, regroupant aujourd’hui 10 pays : Birmanie, Thaïlande, Malaisie, Singapour, Indonésie, Brunei, Philippines, Laos, Cambodge et Vietnam).

Or cette intégration réussie au sein de l’ASEAN relève d’un paradoxe utile à souligner :

• En 1995, le Vietnam est admis dans le cercle initial des pays de l’ASEAN, alors composé seulement des pays les plus « avancés » de la zone, à savoir Singapour, la Thaïlande, la Malaisie, l’Indonésie, le Sultanat de Brunei et les Philippines. Il s’agit là d’une évolution majeure, pour l’ASEAN comme pour le Vietnam. En effet, ni le niveau de développement du Vietnam (très faible comparé aux autres membres du groupe), ni les modalités de sa croissance (très forte présence du secteur étatique, rôle limité du marché), ni sa structure politique (domination exclusive du Parti Communiste Vietnamien) ne paraissaient alors justifier cette adhésion. Il faut se souvenir que l’ASEAN était avant tout une création « politique », organisée en 1967 avec l’appui des Etats-Unis pour contrer ce qui était perçu alors comme le risque de « domino » communiste en Asie du Sud Est.

• En réalité, l’entrée du Vietnam est alors motivée avant tout par des considérations politiques et géostratégiques, beaucoup moins par des facteurs économiques, dans un cadre régional et mondial caractérisé par la montée en puissance de la Chine. A tort ou à raison, le Vietnam est alors considéré à la fois comme un acteur politique important de la région, comme une puissance militaire non négligeable (ce qu’avait illustré l’épisode de la guerre limitée aux frontières sino-vietnamiennes en 1979, dans un contexte où les autorités chinoises avaient voulu signaler au pouvoir vietnamien les limites à mettre aux mesures « anti-chinoises » prises dans le sud du pays après la victoire du Nord Vietnam en 1975, et qui avait entraîné une réaction militaire significative par le Vietnam), et comme un « opposant historique irréductible » face à la Chine. On se souvient des paroles attribuées à HoChiMinh juste après la seconde guerre mondiale, lorsqu’on lui posait la question de savoir pourquoi, face au « retour » des français, il n’avait pas sollicité l’appui de Mao Dze Dong : « Je préfère bouffer de la m… française pendant dix ans que de la m… chinoise pendant mille ans ». On aura évidemment noté aussi que le Vietnam a été un allié stratégique important de l’URSS, mais pas de la Chine, pendant le « froid » entre les deux grandes puissances communistes. Dans un contexte où la sécurité politique de l’ASEAN n’était assuré que par la protection américaine, l’adhésion du Vietnam constituait un pas en avant fort en matière politique.

• Mais à la faveur de cette initiative politique, l’ASEAN, alors à la veille d’une crise économique et financière que personne n’attend encore, se dote d’un nouveau « moteur » économique. Le processus de rattrapage vietnamien, initié par les autorités avec la politique d’ouverture et de libéralisation progressive annoncée en 1987 (le « Doi Moi »), et les flux commerciaux et d’investissements qu’il engendre au sein même de la région (les pays de l’ASEAN sont parmi les principaux partenaires commerciaux, et les premiers investisseurs étrangers au Vietnam), permettent en effet de dynamiser l’ensemble du commerce régional, dans un cadre de préférences tarifaires très marquées : l’AFTA (ASEAN Free Trade Agreement) conduit de fait à une quasi-disparition des droits de douane appliqués aux échanges à l’intérieur de la zone.

Que signifie tout cela pour la France et les relations franco-vietnamiennes : « d’abord, que les Vietnamiens ont retrouvé, après l’éclatement de l’URSS et l’adoption du Doi Moi, une plus forte autonomie en matière de politique étrangère ; ensuite que ce pays n’a sans doute pas un besoin « impérieux » de la relation privilégiée que les autorités françaises prétendent ou essaient de maintenir ; que la région définit peu à peu le modus operandi des relations économiques (avec un niveau Union Européenne - ASEAN de plus en plus important). En conclusion, la France doit aujourd’hui imaginer et mettre en œuvre une politique plus active, sur les plans qui intéressent aujourd’hui davantage les Vietnamiens, notamment culturels (échange d’étudiants, échanges de fonctionnaires…), technologiques (transferts plus rapides), financiers (soutien plus marqué aux grands projets, d’infrastructure notamment), et peut-être militaire, si elle veut continuer d’exister dans le nouveau cadre régional et mondial dans lequel évolue désormais le Vietnam.

Tavini-Tahoeraa ? Polynésie 04 - Pierre Vérin

Pierre Vérin est un ancien élève de la FOM « spécialisé » dans les îles : Polynésie, Madagascar, Martinique, Maurice, Comores. Spécialisé aussi dans la linguistique et l’anthropologie. Ancien directeur adjoint de l’INALCO, il était jusqu’à l’an dernier, Président de l’Université française du Pacifique : Tahiti et Nouvelle Calédonie.

La Polynésie française où beaucoup d’entre nous ont servi traverse une crise politique dont les journaux font état. Le « Monde » n’a jamais été aussi disert sur ces territoires français dont on connaît la beauté des femmes depuis Bougainville et les essais nucléaires, lorsque le centre d’expérimentation atomique fut transféré du Sahara aux atolls des îles Tuamotu.

L’île principale, Tahiti, et les archipels de la Société, des Tuamotu, des Marquises, des Gambier et des Australes ont vécu longtemps dans une atmosphère réputée paradisiaque où la vie pouvait être menée de façon modeste, dans un environnement de pécheurs et de cocotiers.

Le centre d’essais nucléaires a installé une autre logique en apportant une richesse matérielle jusque là inédite ; Aux batteurs de grève métissés ont succédé des techniciens européens souvent totalement ignorants de l’identité tahitienne, mais sachant tout, ayant tout lu et fier d’avoir touché « la prime » (qui, par souci de bienveillance territoriale a été étendue aux fonctionnaires locaux !)
D’une civilisation d’allégresse, on est passé à un consumérisme où la voiture est devenue un objet de culte autant que de culture.

Le territoire vit essentiellement de taxes dont le montant fait parfois doubler les produits importés. Il connaît cependant quelques belles réussites, notamment celle du développement de la perle noire. Le tourisme piétine : autour de 200.000 visiteurs, cinq fois moins qu’aux Fidji, pourtant moins réputées si ce n’est des casseurs de tête.
Le régime fiscal favorable a attiré de nombreux retraités qui perçoivent leur pension en Océanie, et dépensent l’essentiel dans leur pays d’adoption ;

La Polynésie française jouit d’un régime d’autonomie très large selon lequel l’Etat et le Territoire se partagent les compétences.
L’Etat a gardé la justice, la défense, les infrastructures aéronautiques et l’enseignement supérieur. Le reste relève, selon le nouveau statut de 2004, du président de la Polynésie française. Les compétences sont renforcées par des dotations financières dont la plus profitable est la « rente nucléaire » destinée à compenser le préjudice qu’aurait causé à la Polynésie les explosions atomiques expérimentales.

Le statut comporte, pour les élections à l’assemblée une prime de 30% des voix au gagnant de chaque circonscription. Cette clause a été fatale au pouvoir de Gaston Flosse qui s’est vu mis en minorité par le parti indépendantiste ; Ce dernier avec ses alliés autonomistes a triomphé avec l’avantage d’un siège seulement.

Dans un pays où les ralliements aux opposants ou aux majoritaires sont courants les défections au parti indépendantiste Tavini lui ont été défavorables au profit du parti Tahoeraa de Gaston Flosse. A la suite d’une motion de censure Flosse a été réélu.

Les indépendantistes contestent leur défaite et cherchent à retrouver dans la rue le pouvoir qu’ils ont perdu à la chambre territoriale. La situation reste confuse en ce début de 2004, chaque parti en appelant au président de la République française.

Ce qui est sûr c’est que cette crise a entraîné une certaine paralysie économique des entreprises qui, méfiantes de la politique indépendantiste ont commencé à débaucher. Un nouveau chapitre est donc à écrire pour compléter « Pe’ape’a Island ».

DES « MARSOUINS » EN HAÏTI - Serge Jacquemond

1804-2004 : Bicentenaire de l’Indépendance de Haïti !...

- En 1804 un général blanc, Bonaparte, est déclaré empereur à Paris. La même année un général noir Dessalines est déclaré empereur à Port-au-Prince.

2 ans plus tôt le général Leclerc (pas de la famille de Hautecloque mais beau-frère du 1 er Consul) avait débarqué à la tête de 35000 soldats français pour faire rendre raison à un autre général noir Toussaint-Louverture, un peu trop autonome qui avait pu écrire à Napoléon « Le premier des Noirs au premier des Blancs »…. avant que d’être envoyé finir sa carrière -brillante et brève -… dans le Jura au Fort de Joux. L’expédition française de type « Colonial XVIIIè s. » avait mal tourné. Dessalines avait pu obtenir l’indépendance de son pays moyennant paiement de 90 millions de Francs-or (entièrement versés à l’ancien « souverain étranger » soit 21 685 135 571 $ US et 48 cents, valeur capitalisée au 1 er janvier 2004 !...

- En 2004 des militaires français reviennent à Port-au-Prince ! Pourquoi ? Comment ?

Le président d’Haïti, Aristide, sous la pression de la rue mais aussi celle des représentants de France et d’Angleterre (dont les ancêtres s’étaient tant disputé la possession des Iles Caraïbes) quitte « volens nolens » le pouvoir et son pays à bord de l’avion américain qui l’attend sur le tarmac. C’était le 24 février. Le même jour, mandatées par la résolution 1529 de l’ONU, sans plus attendre, atterrissent ou sont parachutées des troupes de « voisins onusiens » américaines, canadiennes, et aussi françaises venues du plus près : la Martinique. Mission : Sécuriser d’urgence la capitale en proie au chaos et protéger les ressortissants étrangers.

L’élément français qui débarque de 3 Transall appartient au 33è RIMA (Régiment d’Infanterie de Marine, nouvelle appellation de l’infanterie coloniale « les marsouins ») élément qu’on appelle un « ERI » (en Français de tous les jours « Elément de Réaction Immédiate ») c'est-à-dire une force de réaction articulée autour de moyens provenant de la marine des armées de l’air et des forces terrestres basées aux Antilles, et capable d’intégrer des forces venues de Guyane ou de métropole.

L’ensemble est placé sous les ordres du lieutenant colonel Leroy. La 1 ère Compagnie du 33è RIMA est bientôt rejointe par une compagnie venue de Guyane et un escadron de gendarmerie métropolitaine. Port au Prince, la capitale, est découpée en plusieurs secteurs, un par unité et tous les points les plus sensibles : l’ambassade de France, le lycée français, l’hôpital…sont protégés. Il faut éteindre l’incendie avant qu’il ne se propage ! Le 15 mars l’ONU met en place la FMIH (Force Multinationale Intérimaire d’Haïti) pour sécuriser l’ensemble du pays. Le bataillon français y est rattaché, chargé s’assurer la sécurité dans 4 départements ce qui exige beaucoup de patience et de diplomatie. Au bout de 4 mois c’est le retour à Fort de France après que l’ONU ait pris le relais et s’installe dans la durée : Devoirs accomplis pour les forces françaises…

..Devoirs aux antipodes, de ceux que devaient accomplir en leur temps les hommes du général Leclerc ! En 200 ans les mentalités, les conceptions même, des rapports entre les peuples, et, partant, les manières d’agir, ont été complètement bouleversés. Le tout est de ne pas se tromper de siècle !…

C’est ce que souligne si bien Régis Debray dans le rapport que lui a demandé en 2004 Dominique de Villepin alors Ministre des Affaires Etrangères, en expliquant pourquoi la France a été chargée par la communauté internationale de jouer d’urgence un rôle militaire pacifique dans sa très ancienne « colonie sucrière ».

HAÏTI ET LA FRANCE Vu par Régis Debray

Haïti est le pays le plus pauvre de l’Amérique (et du monde !), plus petit que la Belgique : 27000 km2 – 9 millions d’habitants.

Premier état indépendant de l’Amérique latine, l’Etat a précédé la Nation comme l’écrit Debray, mais c’est le seul état officiellement francophone de l’hémisphère : il fait partie de l’Organisation Internationale de la Francophonie l’O.I.F. La visite du Président Abdou Diouf y est souhaitée.

Comme l’écrit l’auteur « Passent les empires coloniaux, demeurent leur langue et leur Droit. Ce n’est pas seulement un demi frère qu’on a laissé au bord de la route. Le problème c’est que Haïti fait partie de notre histoire mais non de notre mémoire... L’invraisemblable dégringolade qui a fait passer en 2 siècles la « Perle des Antilles », la colonie la plus riche du monde, à un niveau de malédiction sahélien », ne peut laisser l’ancien colonisateur indifférent. Toutefois, un fait nouveau, qui autorise l’espoir d’un jeu plus ouvert, c’est l’émergence en pointillé d’une conscience nationale.

Et l’écrivain d’appeler en conclusion, en formulant des propositions concrètes à la consolidation concomitante d’un retour solidaire et d’un état de droit fiable. La coopération française (par concertation avec la canadienne, l’américaine et l’européenne) devrait pouvoir y contribuer.

« Haïti pays francophone au peuple martyr, mérite toute notre sollicitude », conclut pour sa part le préfacier du livre, Denis Tillinac

 

Rencontres

Adieu Comptoirs ! Bonjour Pondichéry !

L’association des comptoirs de l’Inde a organisé au Sénat le 23 octobre un colloque consacré au cinquantenaire (1954 – 2004) du transfert à l’Inde des 5 comptoirs français, ultimes témoins des vastes étendues du sous-continent que Dupleix avait conquis pour la France au 18ème siècle.
Pondichéry, Chandernagor, Yanaon, Karikal et Mahé : les élèves d’avant la guerre apprenaient par coeur la liste des comptoirs récitée comme une « comptine »…Comptine mélancolique… mais l’histoire ne se refait pas… Elle se raconte, par contre, pour mieux apprécier le présent.
Philippe Decraenne, de l’Académie des Sciences d’Outre-mer, ancien Directeur Général du CHEAM raconte l’histoire du processus laborieux du transfert de ces colonies françaises à la République indienne.
Douglas Gressieux, Président de l’association,. Pondichérien de naissance, évoque, pour sa part, le présent.

Le transfert des comptoirs

Il y a aujourd’hui cinquante ans, dans le quotidien « le Monde » daté du 2 octobre 1954, un commentateur notait :
« Ce n’est pas sans un serrement de cœur que la France voit disparaître aujourd’hui de la carte de ses possessions un territoire petit, certes, mais qui reflétait bien des splendeurs passées. Sans doute un tel aboutissement était inévitable et décidé pratiquement depuis 1947. La France ne peut rester là où l’Angleterre s’en va ».

Ces propos très généraux, sur la fin des comptoirs français de l’Inde tiennent justement compte de ce qu’était alors l’état ou l’opinion métropolitaine au moment où s’achevait sur le sous-continent indien, l’histoire d’une aventure de plusieurs siècles dans laquelle s’étaient illustrés les noms de Dupleix, de Bussy, de Lally-Tollendal et ceux de leurs collaborateurs.

La fragilité des comptoirs
Après que la Grande-Bretagne eût décidé, en 1947, de quitter l’Empire de l’Inde auquel elle octroya l’indépendance, il n’était plus concevable que continuent à figurer dans les livres d’histoires et de géographie les cinq taches roses marquant sur la côte de Coromandel, et sur celle de Malabar, les cinq comptoirs français de Chandernagor, Yanaon, Karikal, Mahé et Pondichery. Dans ces célèbres villes vivaient des populations en majorité de religion brahmanique et de race dravidienne, parlant la langue tamoule comme leurs frères de la République indienne qui étaient alors déjà plus de 400 millions. Les comptoirs français étaient isolés, démilitarisés et vivaient dans une étroite dépendance économique vis à vis de l’Etat indien, hypothèques qui restaient sans grand inconvénient aussi longtemps que l’Inde resta placé sous la dépendance coloniale britannique. Mais, en revanche dès l’accession de l’Empire de Inde à la souveraineté internationale, et dès que le gouvernement de la nouvelle Delhi manifesta son intention de récupérer les enclaves étrangères, la précarité de l’installation française apparut au grand jour.

L’isolement des établissements français était considérable ; Pondichery, le chef-lieu, était sur la côte de Coromandel (8 communes un peu plus de 200.000 habitants). Le comptoir le plus proche, Karikal (6 communes, 60.000 habitants) est à 200 km au sud. Yanaon, (6.000 habitants) est à plus de 1.000 km au nord de Pondichéry. Mahé (15.000 habitants) est de l’autre côté de la péninsule indienne, sur la côte de Malabar, à 500 km du chef lieu. Chandernagor enfin (40.000 habitants) se trouve à 2.000 km au nord, dans la banlieue de Calcutta.

A ces territoires « proprement » dits, il faut ajouter les 12 « loges » minuscules enclaves territoriales dispersées sur la côte ou dans l’intérieur, et dont la superficie globale ne dépasse pas 4 km2, avec 2.000 habitants . Au total, l’Inde française représente 510 km2, et à peine 500.000 habitants dont 20% parlent français. La dispersion des comptoirs, au sein d’une immense République, les soumet au bon vouloir de l’Inde. L’approvisionnement de Pondichéry notamment dépend des arrivages de produits agricoles venant d’enclaves situées en territoire indien, etc. Que New Delhi décide d’interrompre les communications, d’interdire les routes menant en zone française, d’organiser un blocus économique, de couper l’eau et l’électricité, et les comptoirs seront réduits à sa merci.

On a souvent en 1954, comparé le cas de Pondichéry à celui de Goa, et fait valoir que le Portugal avait adopté, lui, une attitude « courageuse ». Cette comparaison n’est pas valable pour deux raisons : d’abord parce que la colonie portugaise constituait un bloc homogène de 500.000 habitants, échappant aux inconvénients de la dispersion et de la distance ; ensuite, parce que les autorités portugaises ne se trouvaient pas liées, comme les françaises, par un traité datant de 1814, leur interdisant la construction de fortifications et l’implantation de forces armées !… (1)

Réformes internes et temporisations
En réalité, dès qu’au début de 1947, le gouvernement de Londres annonce son intention de reconnaître l’indépendance indienne le 15 août, Paris se préoccupe de l’avenir des Comptoirs. La vie politique est placée sous le signe du tripartisme. A Paris, Paul Ramadier, socialiste est président du Conseil ; Georges Bidault, M. R. P. est responsables des Affaires Etrangères ; le vieux militant socialiste Marius Moutet est à la France d’Outre-mer. Le député de l’Inde française est un socialiste, le sénateur est un communiste. Les esprits sont agités. On manifeste à Chandernagor et à Mahé.

En avril 1947, nos établissements sont dotés d’une « Assemblée représentative » de quarante-quatre membres élus au suffrage universel.

Le 20 août, cinq jours après l’indépendance de l’Inde, Paris met en place un Conseil de gouvernement de six membres (dont trois élus par l’Assemblée), présidé par le gouverneur, et compétent pour les affaires locales. L’extrême isolement de Chandernagor donne à ce territoire un caractère particulier. Paris le reconnaît en le dotant d’une assemblée municipale autonome. Le Poste de Gouverneur des Etablissements français de l’Inde est transformé en celui de « Commissaire de la République ». Cette cascade de réformes relativement libérales apaise les esprits. En septembre, l’Assemblée représentative remercie même le gouvernement français d’avoir donné satisfaction au désir de l’Inde française « de s’administrer librement ».

A Paris, où l’on n’ignore pas combien notre installation deviendrait précaire en cas de rupture avec l’Inde, on cherche à temporiser, sans donner à New Delhi l’impression de rejeter ses revendications. Le 28 août, les deux gouvernements publient une « déclaration conjointe » par laquelle ils décident « d’étudier en commun un règlement amiable des problèmes des Etablissements français de l’Inde ». Décision est prise d’envoyer à Pondichéry une mission d’informations composée de notre ambassadeur désigné en Inde, M. Daniel Lévy, et d’un inspecteur de la France d’Outre-mer, M. Tezenas du Montcel. Ces deux hauts fonctionnaires iront enquêter sur les sentiments des populations, et rapporter au gouvernement des suggestions. Pour faire patienter New Delhi, on accède à l’une de ses revendications : le 6 octobre 1947 est décidée la remise à l’Inde, « à titre gracieux », des « loges » dispersées hors des Comptoirs.

Selon les deux « missionnaire » du gouvernement français : il n’y a de choix qu’entre l’épreuve de force - perdue d’avance puisque les traités nous interdisent l’envoi de troupes – et le recours à une consultation populaire sur le statut définitif des Comptoirs, qui n’est pas gagné d’avance…

Depuis la fin de novembre, Robert Schuman est devenu président du Conseil. Le M. R. P. est désormais responsable de l’ensemble de la politique française d’Outre-mer. On se rend à l’évidence : il faut entrer dans la voie des négociations. Mais sans hâte excessive. On va perdre quelques semaines précieuse.

Cession de Chandernagor
Brusquement, le 22 mars 1948, des émeutes éclatent à Chandernagor : l’assemblée locale, sous la pression de la rue, vote une motion en faveur de la réunion immédiate du territoire à l’Etat du Bengale. Pour éviter un déferlement de violences et sauvegarder au moins les chances d’une procédure sereine, le gouvernement décide d’accepter le principe du référendum que New Delhi réclame depuis près d’un an. Le principe de l’autodétermination est acquis.

Mais très vite vont apparaître de très graves tensions locales. La France accorde sa confiance à un métis de 59 ans, greffier en chef à Pondichéry depuis 1938, Edouard Goubert, qui s’emploie à faire campagne aux élections pour « la solution la plus française ». Brusquement, ce dernier se tournera contre la puissance tutrice et lancera en lisière des Comptoirs, des bandes d’irréguliers, se rangeant sous la bannière de l’Union indienne. L’administration coloniale a mal joué, faisant confiance à un individu qui se révèle purement opportuniste.
Chandernagor, en raison de son statut particulier, n’est pas aligné sur les Comptoirs du Sud. Des élections municipales particulières ont lieu le 1er août 1948. Comme on le pressentait, elles voient la victoire de la liste pro-indienne. (sur 12.000 inscrits, 7.500 citoyens de Chandernagor se sont prononcés en faveur de l’Union indienne, 114 contre).

Le gouvernement français s’incline et, après diverses péripéties de retardement, le traité cédant à l’Inde de Comptoir septentrional est signé à Paris le 2 février 1951. Le problème de l’Inde française sera désormais uniquement celui des quatre Comptoirs du Sud.

La cession « de facto » 1954
On ne compte pas moins de quatre notes du gouvernement indien au gouvernement français, attirant son attention sur les trafics de Pondichéry. De grosses quantités d’or et de diamant sont débarqués à Pondichéry, dans des conditions parfaitement licites : les autorités françaises se bornent à prélever des droits de douanes. Ces denrées précieuses sont ensuite introduites en Inde en profitant de l’enchevêtrement des territoires indiens et français, et de l’impossibilité d’en contrôler absolument l’accès. La banque d’Indochine, intermédiaire oblige, prélève sa commission. A l’inverse, de grosses quantités de monnaies indiennes, introduites à Pondichéry sont exportées vers Hong-Kong et le Golfe Persique pour financer des achats d’or. Cet afflux de monnaie indienne sur les marchés étrangers a notamment pour effet de déprécier la roupie.

Renonçons à un référendum formel, la France admet d’utiliser, pour consacrer la cession de fait, la procédure imaginée en 1948 pour fixer la date et les conditions de la consultation populaire : l’Assemblée représentative de l’Inde française et les Conseils municipaux seront appelés à se réunir en congrès pour se prononcer sur le transfert de facto et sur ses conditions. Le 7 août, Nehru informe l’ambassadeur qu’il accepte toutes les propositions françaises.
L’accord franco-indien, eu égard aux circonstances, est relativement avantageux. La France maintient des privilèges non négligeables, et les habitants de nos Comptoirs conservent un régime libéral :

1. Les Etablissements gardent le bénéfice du statut administratif spécial en vigueur avant le 1er novembre 1954. Aucune modification constitutionnelle n’interviendra sans consultation de la population. En bref, Pondichéry sera, au sein de l’Union Indienne, un Etat autonome régi selon les anciennes normes françaises.

2. Le français reste la langue officielle aussi longtemps que les représentants élus de la population n’auront pas pris une décision différente.
3. Des garanties culturelles prévoient le maintien de notre enseignement primaire et secondaire, la création d’un institut français, d’un collège médical.

4. Les intérêts économiques français (il n’existe dans les Comptoirs qu’une seule grande entreprise industrielle à capital entièrement français) sont sauvegardés en droit puisque l’accord prévoit l’écoulement normal de la production en territoire indien.

Le 24 octobre, l’accord de cession « de-facto » est définitivement signé à New Delhi. La capitale de Dupleix vit sa dernière journée française. C’est, en effet le 31 que les pouvoirs doivent être remis entre les mains du haut-commissaire de l’Inde, et que le drapeau sera amené.

Le 2 novembre, sur le cargo Anna Salem, embarquent les 200 permissionnaires de l’armée qui se trouvaient bloqués depuis plusieurs mois à Pondichéry. Avec eux partent une centaine de jeunes engagés. Des centaines d’autres candidats se présentent encore pendant tout le mois de novembre au bureau militaire français, maintenu avec l’accord des autorités indiennes. La plupart des anciens cipayes, à qui leurs officiers avaient promis un reclassement dans l’armée française, réussiront aussi à rejoindre des unités d’Indochine ou de Madagascar. Aucune représailles ne frappera ceux qui restent.

Cession de « jure » 1956 - 1962
A New Delhi, on prépare activement la rédaction du traité consacrant la cession « de jure ». Il sera signé le 28 mai 1956, par le Pandit Nehru en personne pour l’Inde, par le comte Stanislas Ostrorog pour la France. Le gouvernement français déposera le 2 août sur le bureau de l’Assemblée nationale le projet de loi portant ratification. Il ne sera pas discuté en séance publique. On craint, sans doute, que le débat juridique sur la cession des Comptoirs ne crée un fâcheux précédent pour l’Algérie.
Il faudra attendre 1962 après les accords d’Evian pour que le Parlement ratifie enfin le traité de 1956. L’Inde aurait pu fort bien tirer prétexte de ce retard pour décider unilatéralement de modifier le statut de l’Etat autonome de Pondichéry, dans le sens de l’assimilation. Elle ne l’a pas fait. Le pandit Nehru aura été patient et loyal.

Dans une dépêche, datée du 17 novembre 1954, l’ambassadeur de France Ostrorog dresse en ces termes le bilan de la fin de l’Inde française : « d’une manière concrète, la perte des Etablissements ne comportait pas de sérieux sacrifices. C’est sur le plan sentimental qu’ils apparaissaient. Trois siècles de vie commune, de souvenirs historiques remontant à Louis XIV. Le respect de nos droits par les traités de Vienne, l’attitude libérale adoptée par la France avant tout autres pays d’Europe à l’égard des populations qui malgré la différence de religion, de langage et de race reçurent l’ensemble des droits civiques attribués aux citoyens, tous ces motifs venant à la fois du cœur et de la raison, maintenaient des liens très forts entre la métropole et ces cinq petites villes de l’Inde, derniers vestiges de l’Empire fondé par Dupleix … Il était douloureux de s’en détacher mais du jour où cette rupture devenait certaine, mieux valait, de toute évidence, avoir l’initiative et procéder de manière aimable … Cette solution concertée a été définie en une phrase célèbre : « Nous avons évité l’effusion de sang, nous n’avons pas empêché les larmes de couler ».

Philippe Decraene

Un métier prestigieux
Un métier peu connu mais porteur du prestige de la patrie : « Gardien de mâts de pavillon dans les Etablissements français de l’Inde ».
En plus de ses cinq comptoirs bien connus, la République française était la souveraine de 12 « loges » réparties ici et là dans le vaste territoire indien : 12 loges, 4 km2 au total ! Certaines ne dépassaient pas la taille d’une rizière ou d’un champ de coton. Mais, souveraineté oblige, chacune était équipée d’un mât de pavillon le long duquel était levé chaque matin, abaissé chaque soir, le drapeau aux trois couleurs de la France !...
Un corps spécial de fonctionnaire, dépendant du gouverneur des Etablissements, avait été constitué pour effectuer ce travail 365 jours par an (y compris les jours fériés)... Les loges étaient classées en trois catégories selon leur importance et, partant, les «gardiens de mâts de pavillon» étaient eux-mêmes classés en 3 échelons : 1ère, 2ème et 3ème classe. On pouvait donc faire carrière dans ce corps (d’élites sûrement)... du moins jusqu’en 1954 ! ...

Un état de l'Union Indienne : Pondichéry

Le territoire de Pondichéry qui dépend maintenant du gouvernement central de Delhi et qui comprend les anciens comptoirs du Sud, s'étend sur environ 500 km2. Ce territoire n'étant pas extensible il rencontre de gros problèmes d'expansion démographique.

En effet, au moment du transfert le 1er novembre 1954, il y avait environ 280 000 habitants.
En 2001 on recensait près de 1,2 millions d'habitants soit une densité importante de 2439 personnes au km2.
Depuis 1954, on constate à Pondichéry un afflux de population venant des autres Etats de l'Union Indienne, attirée par la qualité de la vie, la faiblesse des taxes locales et des prix de l'alcool par l'environnement d'une ville française.
La société pondichérienne française ou francophone est assez stratifiée. Elle comprend essentiellement ceux qui ont opté pour la nationalité française (7200 personnes seulement), la grande masse des Pondichériens ne pouvant concevoir l'idée d'être étrangers dans leur pays.
Il y eut aussi les pressions de la famille et des autorités indiennes. Mais depuis 1963, l'imprécision des articles 4 et 8 du traité de cession de 1956, sur le droit d'option a donné lieu à de nombreux trafics de faux papiers. A la suite de plusieurs contrôles, et l'informatisation du service de l'état civil du consulat général de France, le chiffre des immatriculés a été arrêté finalement à 7107 au 31 décembre 2003, la grande majorité de la population (80%) n'étant pas francophone et n'ayant jamais eu de contact avec la culture française.
Les femmes sont majoritaires ; la moyenne d'âge est de 44 ans.
La difficulté de trouver un emploi explique le fort taux d'expatriation des jeunes adultes. A plus de 95%, les jeunes bacheliers gagnent la Métropole. Il y a aussi l'attirance pour les salaires français qui sont plus importants que les salaires locaux (moins de 100 Euros !). Dans l'ensemble, les inactifs représentent 77% et les actifs 23%, travaillant essentiellement dans les différents services français et à Auroville. Les retraités (10% de la population) passent aux yeux des indiens pour des privilégiés (avec le taux de change).

La place de la femme dans la société pondichérienne de nationalité française est à peu près la même que celle de la femme dans la société indienne : les mariages sont toujours arrangés ; le système de la caste et de la dot perdurent, mais la jeune fille à marier de nationalité française "vaut" plus cher que celle de nationalité indienne.

En ce qui concerne la scolarité, le Lycée français comprenait en 2003, 1049 élèves dont 877 de nationalité française. 692 élèves bénéficient d'une bourse (soit 79% de Français). La langue maternelle de tous des clans est le tamoul. La plus grande partie de la communauté française a des revenus très bas, mais la vie associative est assez étendue dans les domaines militaires, culturels et de bienfaisance.
Ces associations, à fort corporatisme, se trouvent essentiellement à Pondichéry, Karikal et Mahé. On peut se poser des questions sur leur efficacité et leur action en faveur de la communauté, mais la présence française est davantage assurée par quelques établissements "solides" : l'institut français inauguré le 1er mars 1955 par Nehru qui est de renommée "internationale", l'alliance française (importante vis-à-vis des jeunes indiens), la section de l'Ecole française d'Extrême-Orient, le lycée français, les écoles indiennes à programmes français.

Les Pondichériens "français" vieillissent certes, mais la présence française pourra sans doute continuer si ses établissements culturels ont suffisamment d'audience et de réputation pour attirer les élites locales et même voisines, étrangères aux "Comptoirs d'antan"
Lors de sa visite de 1955 le Pandit Nehru n’a t-il pas souhaité que Pondichéry reste une fenêtre ouverte sur la culture française ? Un souhait toujours d’actualité ?n

Douglas Gressieux

Des rives du haut Nil aux rivages de Basse Provence - Marc Botti


A Frejus. L’Outre Mer en terre de France

Sur les bords du Nil, en 1898 à Fachoda, c’est presque la déclaration de guerre avec les Anglais !… 6 ans plus tard, de part et d’autre du « Channel » est signé « l’Entente Cordiale » dont sa majesté Elisabeth II vient cette année, en grande pompe saluer à Paris le centenaire.

Avec moins de faste, mais non moins de cœur le président J. Duplouy et le vice président C. Brochemin de la section ENFOM Côte d’Azur, à la tête d’une cinquantaine de membres (dont une quinzaine également membres d’Arom) se sont rendus à Fréjus le 25 mai pour écouter une conférence consacrée au « clash » des bords du Nil et à son heureux dénouement diplomatique ; Cette conférence tenue par deux anciens administrateurs a été faite en présence de la fille de l’interprète de la mission Marchand, Mme Landeroim qui naturellement n’ est pas restée insensible à cette évocation du passé.
Sans doute le XXe siècle naissant commence à sembler un peu lointain en ce début du XXIe siècle ; Aussi, pour faire la liaison, les membres de la délégation n’ont pas manqué de visiter ces hauts lieus de l’histoire coloniale que représentent à Fréjus deux monuments typiques : la Mosquée « Missiri » construite en 1928 pour et par les tirailleurs sénégalais sur un modèle inspiré de la mosquée à Djenné au Mali, la pagode Hong Hien dédiée depuis 1917 au culte bouddhique des tirailleurs indochinois sans oublier le musée des Troupes de Marine dirigé par le Lieutenant Colonel Champeaux dont l’intérêt dépasse de beaucoup le domaine strictement militaire.

On sait en effet que « Marsouins » et « Bigors » ont rempli bien souvent des tâches proprement civiles et le conservateur s’est d’ailleurs trouvé d’accord pour réserver une place plus spécifique à l’histoire de l’administration civile Outre Mer dans le futur musée de l’Outre Mer.

De Fachoda à l’entente cordiale

Au bord de la rupture : 1898

Le cadre international tout d’abord, marqué par le partage de l’Afrique entre les puissances européennes et Léopold II, Roi des Belges, mais agissant à titre personnel et dont le Congo a été reconnu Etat indépendant par l’Acte de Berlin en 1885. La rivalité entre la France et la Grande-Bretagne est alors exacerbée par la prise du contrôle du canal de Suez et de l’Egypte par cette dernière et sa poussée vers le Haut-Nil au nom du Khédive, la longue lutte contre les Madhistes en étant le meilleur prétexte. Au Sud du continent, les efforts persévérants de Cecil Rhodes tendent aussi à constituer un lien continu entre le Nil et l’Afrique Australe. Seule la région du Haut Nil n’était pas attribuée avec précision : la France s’en approchait par une démarche pacifique à partir de Bangui qui l’a menée jusqu’à Dem Ziber, ex)-capitale de la province égyptienne du Bahr Elk Gazal, située à l’ouest de celui-ci et évacuée en 1884 par le représentant du Khédive. A L’Est du Bahr El Gazal, la province d’Equatoria et Fachoda avait été également abandonnés.

On notera que la France dans le dernier quart du XIXe siècle est politiquement faible, coincée entre son anglophobie séculaire et la germanophobie qui a suivi l’humiliation de Sedan. Elle était aussi l’objet de dissensions internes graves (Boulangisme, Affaire Dreyfus, scandale de Panama, multiplicité des partis, changements fréquents de gouvernement, etc ??) Malgré tout, afin de se placer en position de force pour obliger l’Angleterre à des concessions territoriales, le gouvernement lance en 1996 la Mission Marchand destinée à rejoindre le Haut-Nil à partir du Congo.

En près de trois années, celle-ci aura parcouru le Loango, au nord de Pointe Noire, à Djibouti 6400 km à pied ou en pirogue ; Des moyens de transport insuffisants ou inutiles étant données les conditions naturelles, la rencontre de population parfois hostiles, la difficulté à trouver des porteurs en nombre suffisant, les souffrances de tous ordres, en particulier lors de la traversée du marais du Bahr El Gazal, réputé infranchissable, font de cette mission composée d’une poignée d’officiers et de sous-officiers européens et de cent cinquante tirailleurs recrutés au Soudan français (le Mali actuellement) une épopée digne d’admiration. Grâce au récit si vivant de notre camarade D. Morin, illustré par des photos de l’époque et des cartes, l’auditoire a pu mieux comprendre les épreuves qu’ils ont subies. Cette impression de « vécu » fut renforcée par la présence de la fille danois Moïse Landernau, interprète et acteur important de la Mission.

C’est après plus de vingt mois d’efforts sas nom que le petit contingent français arrive enfin à Fachoda le 10 juillet 1898, sans avoir pu opérer sa jonction avec la Mission Bonchamps, partie de Djibouti en 1997. celle-ci, avait traversé le plateau éthiopien d’est en ouest, en accord avec le négus Ménélik, pour se retrouver enlisée dans les marais et était reparti en sens inverse faute d’avoir rencontré la colonne venant du Congo. A Fachoda on ne reste pas inactif : après avoir hissé le drapeau tricolore, on redresse les fortifications égyptiennes et on est affronté, dès le 25 août, à une attaque des Madhistes, repoussée avec brio malgré la différence des forces en présence.

Les Britanniques, bien décidé à ne pas voir leur objectif contrecarré, envoient le Sirdar Kitchener vers le Sud qui, après avoir écrasé les Madhistes à Ondourman, arrive le 19 septembre devant le poste avec des forces et un matériel considérables. Il exige le départ de Marchand qui répond qu’étant là sur l’ordre de son gouvernement, il ne peut en partir que sur un ordre contraire. Un ultimatum de Londres tombe à Paris le 27 septembre, la détermination anglaise qui dispose des moyens de ses exigences est inflexible. En France, l’humiliation est durement ressentie ; la guerre semble inévitable, mais la disparité des forces ne permet pas de l’envisager. Après que Marchand en ait reçu l’ordre, les couleurs seront années le 11 décembre 1898, un bataillon anglo-égyptien rendant les honneurs. Le 14 décembre, à Nasser, sur le chemin de l’Ethiopie, le Major Johnson, commandant le dernier poste anglais lèvera son verre « à l’entente cordiale » !

C’est après avoir traversé l’Ethiopie que la Mission atteindra Djibouti le 19 mai 1899. Au retour en France, une population surexcitée par le nationalisme et l’anglophobie leur fait un accueil triomphal (il en fut de même pour le Président Kruger de passage en France après avoir été vaincu par l’ennemi commun en 1902).

Daniel Morin

Une parole prémonitoire

Comment expliquer dans ces conditions que les paroles prémonitoires du Major Johnson ne soient concrétisées si rapidement ? Une analyse des arcanes subtiles de la politique internationale permet de la mieux comprendre.

La Grande-Bretagne est arrivée à ses fins pour l’essentiel et n’a plus grand chose à tirer de la France. Elle a conscience que sa politique hégémonique, partout dans le monde, l’isole sur le continent européen. La politique d’expansion économique et maritime très ambitieuse du Kaiser Guillaume II l’inquiète. De son côté, la France qui nourrit un fort ressentiment contre l’Allemagne à propos de l’Alsace-Lorraine, se sent menacée par les efforts de l’Allemagne pour l’isoler en mettant l’Autriche et l’Italie dans son jeu (la Triplice). Il existait donc des raisons objectives de rapprochement entre Grande-Bretagne et France, mais la vision politique de plusieurs personnalités des deux côtés de la Manche permit d’aboutir dans des délais qui paraissent très courts.

D’un côté, Lord Salisbury, adepte du « splendide isolement » avait laissé sa place à Lord Blfour et Edouard VII par sa francophilie affichée apporta son soutien à la détente ? De l’autre côté la détermination de Théophile Delcassé, Ministre des Affaires Etrangères de 1898 à 1905, aidé par les ambassadeurs Jules et Paul Cambon, porta ses fruits et l’accord franco-anglais dit d’ « Entente Cordiale » fut signé à Londres le 16 mars 1904. Au cœur de cet accord, l’abandon des prétentions françaises sur l’Egypte, où l’Angleterre avait déjà tous les atouts en mains, contre sa neutralité bienveillante à propos du Maroc ; D’autres éléments de contentieux en divers points du monde faisaient l’objet de compromis favorables.

A la suite, une action diplomatique cohérente fut menée par les deux pays pour faire face au danger que représentait l’Allemagne et obtenir un rapprochement avec la Russie ‘(la Triple Entente) et plus tard avec l’Italie.

Peu après nos armées combattaient au coude à coude lors de la Première Guerre mondiale ! n

Jean Honorat

A Toulon, souvenir du 15 août 1945 - Pierre Simonet

Pas bien loin de Frejus, autre commémoration. En rade de Toulon, ville fidèle aux souvenirs du débarquement franco africain (voir bulletin n° 2), le président de la République a tenu à célébrer le souvenir d’un épisode un peu méconnu de la libération. : blancs, noirs, français, alliés à l’honneur.

Le 15 août, je fus invité sur le porte-avions Charles de Gaulle à la cérémonie du 60e anniversaire du débarquement en Provence.

Le porte avions, fierté de la marine, est encore flambant neuf. Pas une trace de rouille. L’organisation était sans faille, les marins avaient grande allure et grande courtoisie. Tout cela respirait l’excellence.

La cérémonie fut l’occasion pour le Président de la République de rappeler, d’une manière solennelle, la contribution que les pays de l’ancien « Empire » avaient apportée à la Libération de la France. Les Chefs d’Etats ou de Gouvernement des dix-huit pays concernés, étaient présents. Parmi eux se trouvaient le président Bouteflika et le roi du Maroc Mohammed VI. Dans son allocution, Jacques Chirac, dressant un tableau des événements commémorés, évoqua le rôle joué par Mohammed V roi du Maroc, fait compagnon de la libération par le Général de Gaulle, et la part prise par Alger, siège du Gouvernement provisoire de la République en 1943 et 1944. il décerna la Légion d’Honneur à la ville d’Alger. Il rappela aussi la décision prise par son gouvernement de revaloriser la retraite des anciens combattants originaires des anciennes colonies.

Le Président Jacques Chirac décora de la Légion d’Honneur des anciens soldats ayant participé au débarquement ; d’une part, quatre vétérans des armées alliées (Français, Britannique, Américain, Canadien) et d’autre part, un combattant de chacun des pays de l’ancien « Empire » qui, maintenant, sont citoyens d’Etats indépendants de l’Afrique. Durant la remise de décorations, les dix-huit hommes d’Etat étaient alignés sur le pont d’envol du Charles de Gaulle face aux récipiendaires. Cette réunion, symbole d’une communauté historique toujours vivante, avait une forte signification politique et une certaine charge émotionnelle ; Quant aux décorés, bien sûr, ils étaient âgés. Ils étaient manifestement heureux d’être là. Plusieurs portaient leur tenue d’apparat traditionnelle. Trois d’entre eux, à l’appel de leur nom, se mirent au garde à vous et répondirent « pr-r-ésent », comme jadis lorsqu’ils étaient dans le rang. C’était émouvant.
Le moment spectaculaire de la journée fut le défilé, par bâbord du bateau amiral, de navires de la flotte française, y compris les frégates furtives, et de trois unités étrangères, britannique, algérienne et marocaine.

La cérémonie se termina par un excellent repas servi dans l’immense hangar situé sous le pont d’envol. A 22 heures les invités quittaient le bord. Tout s’était passé grâce aux mesures mises en place avec discrétion pour assurer la sécurité des personnalités et des participants.

Devoir de mémoire

En ces temps où le devoir de mémoire est évoqué régulièrement, où la réparation fait l'objet de tribunes médiatiques, ne convient-il pas tout simplement que les plus hautes autorités de notre pays montrent l'exemple et témoignent de la reconnaissance effective de Ia France envers ces vieux serviteurs que sont les Anciens Combattants d'Outre-mer ? Ils ont crânement et souvent chèrement payé leur attachement aux valeurs de la France et racontent, dans leur pays et leur village, cette France qu'ils ont aimé et qu'ils aiment encore ... même si elle n'a pas tenu toutes ses promesses.

En juin 40, lorsque la France s'est trouvé anesthésiée par la défaite et que ses habitants s'interrogeaient et supputaient sur la conduite à tenir, il s'est trouvé dans l'Empire d'Outre-mer des hommes et des femmes qui ont continué de croire en ce qui était alors leur Mère-Patrie. Ces soldats nord-africains et africains, encadrés par des Français d'Outre-mer allaient conduire le drapeau tricolore sur les chemins de la Libération et de la Victoire. À l'heure des célébrations du débarquement sur les côtes de Provence, les 4 premières grandes unités à dominante africaine et nord-africaine mises à terre allaient libérer au prix de sanglants sacrifices les villes de Toulon, Marseille et de la vallée du Rhône, il est temps de rappeler une triste vérité historique.

Souvenons-nous en 14-18, 260.000 soldats d'Outre-mer ont été engagés, 63.000 sont morts ou disparus. En 1940, pendant la compagne de France, sur 93.000 tués 18.000 venaient de l’Empire hors métropole. En 1941, Leclerc prend Koufra avec 400 hommes dont 301 africains. En 1942, sur les 3.255 défenseurs de Bir Hakeim 1300 sont originaires d'Afrique ou d’Indochine. En 1942-43, en Tunisie, sur 27 régiments engagés, 18 sont entièrement Nord-Africains, 2 africains. En 1944, en Italie, le général Juin aligne 89.000 Nord-Africains, 10.000 originaires de l'Empire. Les pertes sont les suivantes: 7.251 tués, 21.000 blessés, 4.200 disparus soit 35,56% de l'effectif initial. Sur les 500.000 hommes de l'Armée B qui en 1944-45 libérera la France, 300.000 sont Nord-Africains ou originaires de l'Empire. Les communiqués de presse mentionneront-ils que la division Leclerc - 2ème D.B. comptait à l'entrée dans Paris et dans Strasbourg 3.400 Nord-Africains (marocains, algériens et tunisiens, spahis, artilleurs, soldats du génie ou chasseurs d'Afrique). En Indochine, de 1947 à 1955, 30.770 africains ou nord-africains seront tués ou disparus aux côtés de 32.048 Français métropolitains.

Mais les lampions de la fête sont éteints, ses héros alors encensés sont devenus des « héros méconnus »., Usant d'arguments fallacieux, se contentant de propos généreux, les pouvoirs publics français ont dès 1959 gelés les retraites et pensions de ses anciens Combattants de l’Union française. Il n'est pas question de polémiquer sur cette loi dite de cristallisation.

Aujourd'hui, grâce à l'action généreuse de leurs anciens compagnons d'armes français, ces « vieux tirailleurs africains » n'obtiennent que parcimonieusement une revalorisation ridicule de leurs droits chèrement et noblement acquis. Ils doivent d'ailleurs cette revalorisation à la décision énergique du Président Chirac, décision qui semble trouver beaucoup de peine à être appliquée.

Une loi de 2002 décide une nouvelle valeur des points de retraite avec garantie de la valeur acquise et rappel de 1999, cela en fonction de la parité du « pouvoir d'achat »!

« Pouvoir d'achat » : terme incompréhensible; indigne et insultant, découvert par des technocrates ignorants de leur Histoire; à savoir qu'à l'engagement on ne notait pas le « PIB » du territoire d'origine, pas plus que pendant les combats, le cri de « en avant pour la France » n'était remplacés par « en avant c'est pour le pouvoir d'achat ».

Malgré les efforts de toutes les associations d'anciens combattants français et de nombreux parlementaires de toutes formations politiques, il n'a pas été possible de convaincre le gouvernement de se prononcer pour le règlement de Ia retraite du combattant aux anciens de l'Union française à parité avec leurs camarades métropolitains. Cette retraite est un acte de reconnaissance indépendant du grade et de la nationalité actuelle de nos frères d'armes. Elle ne. doit pas être mesurée à l'aune des pouvoirs d'achat mais, comme leurs camarades métropolitains, correspondre à un traitement annuel de 423 € quel que soit le lieu de résidence de l'intéressé (Corrèze, Paris ou Monaco, Dakar ou Bangui). Il semble que le budget à consentir serait annuellement de 32.000.000 € pour un versement individuel de 423 € par an.

Non, tout n’est pas réglé.

En 1999, le point de retraite était en France de 12,20 pour 1,18 en Tunisie et 4,26 au Sénéqal. En 2002, le point tunisien vaut 3,01, celui du Sénégal 5,11.

Peut-on souligner que la France, et cela est juste, n'oublie pas les étrangers qui ont combattu pour elle. Comme leurs camarades de combat, ils bénéficient de la retraite du combattant à taux plein. Mais eux, les Nord-Africains et Africains, demeurés envers et contre tout fidèles à la France, eux qui furent « les «intermittents des spectacles » de 1939 à 1962, et les « restaurateurs des libertés» en 1945, en sont à penser tout haut qu'ils auraient sans doute gagné à combattre à titre étranger dans la Légion étrangère, pourquoi pas dans la Wehrmacht.

Comment ne pas se demander pourquoi les parlementaires qui ne renient pas notre passé colonial ne se battent pas énergiquement pour honorer ces tirailleurs qui ont été fidèles à la France, et pourquoi ces autres parlementaires qui ont mauvaise conscience du passé colonial ne se battent pas pour accorder à ces tirailleurs la juste compensation qu'ils méritent pour avoir été engagés par la République dans des combats souvent mortels ?

Quelle meilleure conclusion que de reprendre les paroles du Général de Gaulle dans ses mémoires de Guerre 42-44 - « Toutes les terres de l’Empire avaient maintenant repris la guerre pour la libération de la France » ; et encore « nous vous reconnaissons comme notre compagnon pour la libération de la France dans l’honneur et dans la victoire » aux 16 compagnons de la Libération nord-africains et africains.
Celle du Général Leclerc en 1945 : « La fidélité de l’Empire exige une réciproque »
Celle de Monsieur Jacques Chirac, maire de Paris - « Envers ces Combattants d'Outre-mer, nous avons contracté la dette du sang. Ne l’oublions jamais ».

Et de reprendre l'inscription attribuée au Président Senghor et qui figure sur de nombreux monuments à la gloire des troupes coloniales et en particulier sur le monument des troupes noires sur la plage de Fréjus :

« Passant, ils sont tombés, fraternellement unis, pour que tu restes Français ».n

Colonel Mademba Sy

A Dakar, « Demba et Dupont » à l’honneur

Le président du Sénégal, en présence de ses collègues du Tchad, du Bénin, du Mali, du Burkina Faso, du premier ministre de Mauritanie et de P A Wiltzer représentant Jacques Chirac a inauguré à Dakar le 23 août une journée de souvenir à la mémoire des soldats africains qui ont combattu sous le drapeau français pendant les 2 guerres mondiales. La stèle de bronze représentant un tirailleur sénégalais et un soldat français « Demba et Dupont » trône désormais sur l’ancienne place de la gare rebaptisé « Place du Tirailleur ».
Cet hommage à la fraternité passée des armes a été aussi l’occasion pour le président Wadé d’évoquer la tragédie de Thiaroye dont ont été victimes quelques anciens tirailleurs juste de retour dans leur pays le 1er décembre 1944 et aussi l’injustice du calcul des pensions de ces « soldats indigènes » par leur ancienne puissance tutélaire.


Lu, vu, entendu

Entendu à la radio

Le mémorial de la France d’Outre Mer

France Culture a diffusé, le 21 octobre, dans son émission « Fabrique de l’Histoire » un intéressant débat (J. J. Jordy, Marc Michel, Jean Charles Jauffret) concernant le projet de mémorial de Marseille (évoqué dans le bulletin 1).

Le projet de mémorial est désormais sur les rails, devenu « national » soutenu par Gaudin, maire de Marseille. Il est prévu Parc Chanot à Marseille, bénéficie de subventions de l’Etat. Budget investissement : 5 millions d’euros. Fonctionnement : 1 million d’euros. Travaux : octobre 2005. Ouverture : fin 2006. Programme : galerie de référence avec 10 espaces « géographiques ». Salle expo de 1000 m2, à thèmes (bateaux, éducation, santé, acculturation même négative etc ..)
Projet scientifique d’historiens, sans diabolisation ni angélisme. Ce ne sera pas un musée, mais un lieu d’orientation à la recherche avec, évidemment, confrontations, voire antagonismes. Mais le but est d’évoluer, de rapprocher, de créer un pont dans la francophonie. Sans doute faudra t-il rapprocher les points de vue d’associations à objectifs contradictoires (AROM ?), éviter la poussée des forces du Maghreb, trouver des complémentarités avec la Cité Nationale de l’Immigration (Porte dorée), voyager. Le but n’est pas une exclusivité française, mais faire de l’histoire « avant et après » dans ce qu’a été un Outre Mer « mondialisé » et ce sur quoi il peut rapprocher, malgré tout.n
Jean Jerusalémy

Visite d’Abdoulaye Wade à Paris

France Info a diffusé le 15 octobre à plusieurs reprises des informations concernant la visite du président du Sénégal du 13 au 15 octobre à Paris. Lors d’une interview, le président Wade a tenu à marquer encore une fois l’attachement des Africains quant à leur volonté de ne pas voir effacer des mémoires leurs participations aux deux conflits mondiaux aux côtés de la France. Il a commenté la première commémoration à Dakar du 23 août 2004, appelée la journée « du Tirailleur » où plusieurs chefs d’états de 5 pays s’étaient joints au Sénégal.


Marc Dequecker

Vu à la télévision

En Mauritanie

FR3 a consacré une partie de l’émission de Thalassa du 8 octobre à la Mauritanie … La Mauritanie « océane » bien sûr, le désert de ce pays étant à peine évoqué. Deux sujets principaux :
- d’abord les Imraguen, ces Maures nomades devenus pécheurs installés sur les rivages du parc naturel du banc d’Arguin. Très belles images comme d’habitude : la mer bleu profond de connivence avec les bancs de sables blonds, les hauts fonds verts piquetés, comme des ailes de mouettes, par les voiles blanches triangulaires des Lanches, les barques modernes à fonds plats importées des Canaries (les moteurs sont interdits dans le Parc).
- Ensuite, insolite après les pécheurs vivant en symbiose avec la nature, le spectacle des carcasses de ces centaines de chalutiers rouillés, échoués attendant leur disparition dans la baie de Nouhadibou (l’ancien Port-Etienne de Saint Exupéry) ces cadavres d’acier que s’efforcent de découper avec des chalumeaux dérisoires quelques « bricoleurs » du pays qui en tireront quelques kilos de ferrailles exportées au loin. Tristes images de tentative d’une grande pêche industrielle mauritanienne moribonde !

Les explications du narrateur de Thalassa sont toutefois un peu sommaires et on regrettera que le problème ne soit pas davantage traité à fond. Les conversations enregistrées sur place avec les pécheurs ou les démolisseurs sont pour leur part souvent un peu « longuettes » et d’un intérêt relatif.n

Au Niger

Arte a, de son côté, consacré son émission du soir le 11 octobre au Niger sous un titre un tantinet racoleur « Maîtres et esclaves » … Il s’agit en fait d’un film de propagande (doté de moyens importants) d’une association américaine Timdria, installée à Niamey avec pour objectif de travailler à l’émancipation des serviteurs, les Bellah de race noire dont la condition rappelle celle des serfs du Moyen Age vis à vis des tribus blanches touareg… Montage simpliste et conventionnel des « défenseurs du bien contre le mal » tels que le conçoivent les bien-pensants occidentaux. Le scenario de la recherche et de la libération de la pauvre Boulboulou enlevée par un Arabe puis celui de la restitution à sa m ère de la jeune Iguelmay seront sans doute appréciés dans les patronages … II est vrai, de belles images de paysages de dunes et d’épineux, de marigots et de puits s’allient à des expressions souvent émouvantes des Bellah interviewés, ou à des propos révoltants des Touaregs traditionnels, image qui attirent la sympathie ou l’opprobre. ; mais le vrai problème de la société touareg n’est pas traité.


Jean Serrjac

Vu au cinéma

De "Bronx Barbès" à"Les oiseaux du ciel"

Anthropologue et documentariste, Eliane de Latour, chercheur au CNRS, achève à Abidjan le tournage de son deuxième long-métrage de fiction : « Les oiseaux du ciel ».

Par les temps qui courent, tourner un film à Abidjan n'est pas une sinécure. Le producteur du film a du se passer de contrat d'assurance et le tournage est régulièrement perturbé par les interventions d'une police pas toujours bienveillante malgré l'autorisation signée par le Ministre de la Sécurité.
Mais Eliane de Latour tenait à entreprendre cette suite de son premier long-métrage, « Bronx Barbes » réalisé cinq ans plus tôt dans la capitale économique de la Côte d'Ivoire.

Ce film, mal distribué, à peine signalé par la critique, avait fait en 2000 une sortie assez confidentielle à Paris. C'était pourtant un film du plus grand intérêt qui faisait découvrir aux spectateurs la réalité – une certaine réalité en tous cas – des quartiers misérables des métropoles africaines.

Certes, il y avait eu auparavant, sur un sujet semblable, « Moi, un noir » de Jean Rouch, auquel le film d'Eliane de Latour fait d'ailleurs souvent référence (ne serait-ce que par les surnoms hollywoodiens des personnages), mais c'était en 1958 et bien des choses ont changé depuis sur les rives de la lagune Ebrié (la population, par exemple, passée de 100.000 à 3 millions d'habitants…)

A travers les mésaventures de deux copains sans le sou traqués par la police et qui trouvent refuge dans un "gang", celui de Bronx, en délicatesse avec celui de Barbès, le film était en fait un remarquable documentaire sur les ghettos d'Abidjan et la façon dont s'y prennent pour survivre les laissés pour compte des grandes villes d'Afrique.

On y voyait comment le "fond" ethnique et tribal, plus ou moins rejeté par les personnages, se mélangeait chez eux à la culture occidentale importée pour donner naissance à un univers à part : Les héros du film rêvaient d'un occident mythique, arboraient casquettes et baskets américaines, mais en même temps obéissaient à de "vieux pères" et respectaient les règles du code d'honneur ancestral. L'emploi par les personnages d'un français "créolisé" (le nushi) était tout à fait significatif de ce mixage, avec ses expressions imagées et l'emploi inattendu de certains mots détournés de leur sens initial.

Mais pourquoi parler aujourd'hui de « Bronx Barbes » qu'on ne peut voir nulle part? Simplement parce que c'est une façon d'appeler l'attention sur le travail exemplaire d'Eliane de Latour et de créer chez le lecteur (du moins peut-on l'espérer), une attente, qui risque d'être longue d'ailleurs, puisque « Les oiseaux du ciel » (1) que la réalisatrice espère présenter à Cannes, ne sortira pas avant le milieu de l'année prochaine.
Ce nouveau long-métrage sera dans une certaine mesure une suite du premier, même si les acteurs improvisés qui avaient participé à la précédente aventure n'y jouent plus qu'un rôle secondaire. Il évoquera l'immigration des jeunes africains et se passera en partie seulement à Abidjan.

Souhaitons que cette sortie soit l'occasion d'une reprise de "Bronx Barbes" qui mérite vraiment cette nouvelle chance.n

(1) Le titre est inspiré d'un adage ivoirien : "Dieu ne laissera jamais tomber les oiseaux du ciel, à plus forte raison les hommes" préféré à un autre plus désespéré : "Cabri mort ne craint pas couteau"

Georges Sanner

Lu dans la presse

Presse française

PRESSE FRANCAISE

Les retombées insolites de la colonisation

Appartenir à une ancienne puissance coloniale vaut aux Français de trouver parfois des nouvelles étonnantes dans leurs journaux. Reprenant les propres mots de l’intéressé, ceux-ci ont fait une large place au « départ à la retraite » de Norodom Sihanouk après soixante ans de règne intermittent, en octobre. Ce placage d’une notion bien occidentale sur les us et coutumes de la dynastie khmère est déjà inattendu. Ce qui l’est tout autant, c’est le nombre des membres du gouvernement formé à Phnom-Penh en juillet 2004 par le premier ministre Hun Sen : plus de 300. Dans son numéro de septembre, EGLISES D’ASIE, le bulletin d’information des Missions étrangères de Paris, indispensable pour suivre l’actualité sur ce continent, nous donne la composition de ce « cabinet » : 15 « ministres d’Etat », 28 ministres « ordinaires », 135 secrétaires d’Etat et 146 sous-secrétaires d’Etat. Comme il en a l’habitude, Sihanouk a commenté l’événement sur son site internet personnel, ne manquant pas de calculer ce que cela donnerait en France au prorata de la population ! Mais d’autres Cambodgiens font valoir que « les gouvernements de coalition sont un héritage de la République française ». Et il y a beaucoup de forces à coaliser au Cambodge…

Outre le départ de Sihanouk, le gros morceau de l’actualité dans l’ex-Indochine fut la visite de Jacques Chirac à Hanoi. En marge de celle-ci, LE FIGARO du 8 octobre relate une « cérémonie de remise de dossiers de demande d’adoption » à laquelle participait madame Chirac. Pour obtenir une faveur, la femme du chef de l’Etat a parlé directement au vice-ministre de la Justice vietnamien d’ « un couple d’amis qui ne peut avoir d’enfants, Johnny et Laeticia Hallyday – vous les connaissez ? ». Le quotidien français écrit que le ministre vietnamien était « médusé ». « Il chante », a précisé Mme Chirac au sujet de son protégé. Normal que Johnny ait essayé de se faire pistonner, des milliers de Français sont en liste d’attente, l’orphelin vietnamien étant considéré, avec le cambodgien, comme le plus intéressant dans le vaste choix asiatique et africain, celui qui bénéficie du préjugé favorable, comme son pays, parmi les anciennes composantes de l’empire.
La presse n’a pas précisé où déjeuna le président pendant son bref séjour à Hanoi. Peut-être au restaurant du Sofitel Métropole, dont le chef, Didier Corlou, « est régulièrement choisi par les autorités vietnamiennes pour préparer des repas officiels », indique LE FIGARO du 31 mai. Selon celui-ci, M. Corlou est maintenant « le Français le plus connu de la capitale du Vietnam ». Âgé de 48 ans, il posa ses casseroles à Phnom-Penh avant de s’installer dans le monument rénové de l’hôtellerie franco-indochinoise. Désireux de faire la synthèse entre les cuisines des deux pays, il sert dans son luxueux restaurant le plat « national » de l’ancien Tonkin, la soupe de nouilles de riz et de morceaux de bœuf , ce pho qu’on ne trouvait naguère que dans les gargotes de trottoir.
En matière de syncrétisme gastronomique, LE POINT du 15 juillet nous apprend que Brahim Zniber, propriétaire des Celliers de Meknès, la plus importante maison de vins marocains, avec 1300 hectares de vignes, veut sortir ceux-ci de leur « image couscous ». C’est pourquoi son breuvage vient d’obtenir « l’appellation château ». L’hebdomadaire précise qu’il s’agit d’une « dénomination nouvelle accordée par le ministère de l’Agriculture aux domaines qui mettent en bouteille à la propriété », sur le modèle français.

Les cérémonies anniversaires du débarquement de Provence, cet été, ont été pour les jeunes lecteurs de quotidiens régionaux l’occasion de découvrir l’amitié de certains enfants du pays pour les « tirailleurs sénégalais ». Ainsi L’INDÉPENDANT DE PERPIGNAN, du 16 août, narre-t-il l’histoire de Jacques Sola, natif du Roussillon entré à l’école militaire d’Aix-en-Provence, promu lieutenant et envoyé en AOF le 26 mai 1942 peu après son mariage. Il débarqua à Saint-Tropez le 22 août 1944 avec un régiment de tirailleurs, puis marcha sur Toulon aux environs duquel il fut fauché par un tir allemand. De lui, sa veuve et sa fille conservaient des photos parmi des tirailleurs marocains et sénégalais. Celles que Catalans et estivants trouvèrent insérées dans leur quotidien, au milieu des concours de plage.
Toujours en matière d’anciens combattants, LE MONDE du 14 août s’est intéressé aux tirailleurs marocains qui s’installaient cet été à Bordeaux au rythme d’une quinzaine par mois. « Une même raison les a poussés à quitter leur famille au Maroc ; depuis 1989, grâce à la carte d’ancien combattant qui donne droit à un titre de résident de dix ans, ils peuvent demander le RMI. Depuis 1998, ils peuvent également bénéficier de l’allocation spécifique vieillesse. La capitale du vin n’est pas choisie par hasard : elle abrite le tribunal des pensions militaires. La préfecture de Gironde est par ailleurs connue pour accorder facilement des titres de séjour de longue durée. La prise en charge sociale, médicale et administrative n’a jamais failli. »
L’ancien empire se rappelle à notre souvenir jusque dans les pages du « carnet ». Ainsi LE MONDE du 11 juin a-t-il annoncé « le rappel à Dieu de Sa Majesté Gaston Ngouayoulou, roi Makoko ». Emanant d’une communauté chrétienne du Congo, le faire-part payant soulignait que le défunt « était le gardien vigilant de la mémoire de la Rencontre de son ancêtre Illôo Ier avec Pierre Savorgnan de Brazza. » Pour sa part, le mensuel ÇA M’INTÉRESSE annonçait dans son numéro d’août : « Cent vingt-quatre ans après le traité entre Brazza et le roi des Batékés, le Congo s’apprête à ériger un mausolée en l’honneur de l’explorateur, à l’occasion du centenaire de sa mort. »

Il est bon qu’un magazine grand public comme celui-ci s’intéresse, précisément, à de telles nouvelles. Mais un musée racontant sans parti-pris l’aventure coloniale de la France ne serait pas superflu pour faciliter la compréhension de cette actualité par les jeunes générations. Il avait été question que ce rôle soit dévolu à un avatar du Musée national des arts d’Afrique et d’Océanie, l’ancien «Palais permanent » de l’Exposition coloniale de 1931 à Paris, puisqu’il ferme en raison du transfert de ses collections dans le futur musée des « arts premiers » quai Branly. Il n’en sera rien, indique Jacques Toubon, président de « la mission de préfiguration de la Cité de l’immigration », dans une interview au POINT du 15 juillet. Le bâtiment de la Porte Dorée abritera cette Cité de l’immigration à partir de 2007. L’immigration francophone est une des conséquences de la colonisation. On espère que, si la Cité remonte aux sources, elle le fera sereinement.n
Jean de la Guérivière

PRESSE ETRANGERE

LE SOIR, quotidien belge 27 septembre 2004
Talibans arrêtés à la frontière du Cameroun (résumé)
Depuis le 22 septembre où quatre policiers ont été tués par les «Talibans» du Nord-Est du Nigeria, les soldats nigérians ont reçu l’ordre de tirer à vue sur les militants islamistes et mènent, avec leurs homologues camerounais, une opération conjointe dans les Monts Mandara, à cheval sur la frontière entre le Nigeria et le Cameroun.
Le 25 septembre encore, soldats gouvernementaux et militants islamistes échangeaient des tirs. Cinquante fusils d’assaut et des centaines de munitions ont été découverts sur les 28 islamistes tués ces derniers jours par l’armée.

THE ECONOMIST hebdomadaire britannique. 16 octobre 2004
Le fleurissement des économies émergentes (résumé/extrait)
Le vieux tiers monde l’emporte pour la croissance économique. le FMI prévoit cette année 6% pour les PVD et les pays émergents. Même le trainard de cette année, l’Afrique Du Sud, croît de 2,5%.
Grâce surtout à la croissance du prix des matières premières, même les perspectives de l’Afrique sont meilleures que ces trente dernières années. Le FMI prévoit une croissance de 5,8% en 2005.
Cette meilleure performance des PVD et des pays émergents n’est pas seulement due à des facteurs extérieurs favorables. Leur propre santé financière s’est aussi améliorée. Des réformes structurelles et de meilleures politiques macro-économiques les ont rendus plus aptes à soutenir une croissance forte et à résister aux chocs externes. c’est ainsi que l’inflation a été assagie et les déficits budgétaires réduits : les économies émergentes ont en moyenne des déficits plus faibles que ceux des pays riches.

AFRIQUE ASIE. Mensuel édité en France - 43 journalistes à l’étranger - octobre 2004
Ce qui va changer (résumé/extrait Bernard Coovi)
«L’Afrique est de retour a lancé Alpha Oumar Konaré (ndlr - Président de la Commission de l’U.A.), lors de l'ouverture du troisième sommet des Chefs d’Etat de l’Union Africaine (U.A.). Une certitude : quelque chose est en train de changer au sein de la nouvelle organisation panafricaine. l’Etat d’esprit est nouveau : les tabous tombent, par exemple un «Mécanisme Africain d’Evaluation par les Pairs» contrôlant la bonne gouvernance des Etats a déjà été ratifié par 80 pays.

Les temps de réaction aux évènements sont maintenant également rapides. Alpha Oumar Konaré a visité les pays envahis par les criquets pèlerins, et un crédit d’un million de dollars a été débloqué pour lutter contre ces insectes ; un «Conseil de paix et de sécurité» assorti d’un projet-cadre de «force africaine d’intervention», soutenu par l’ONU, l’U.E. et le G8, a été mis en place pour gérer les conflits du continent. Le Président du Nigeria a reçu la mission d’imposer une négociation au Darfour, appuyé par des forces armées africaines ; dans la Région des Grands Lacs, le Président de la République Sud Africaine a été chargé d’un mécanisme d’analyse des différends entre le turbulent Rwanda et son grand voisin, la douloureuse République Démocratique du Congo.

Guy Girod Genet

Lu chez le libraire

Noir prophéte de Marc Durin-Valois. Edition J. Cl. Lattès

Marc Durin-Valois a publié en 2001 « L’empire des solitudes », en 2002 « La chamelle » et en 2003 « Le diable est dans les détails ». Il a obtenu en 2003 le Grand prix de la francophonie et le Prix national des bibliothèques.

Il publie cette année, toujours chez Lattés, « Noir Prophète » qui témoigne de sa culture et de sa passion pour la terre d’Afrique et notamment pour l‘Ouganda et la région du lac Victoria où il a passé quelques années de jeunesse. Au-delà de la description de sublimes paysages et de son attirance pour le monde du surnaturel, des griots et des sorciers qu’il nous fait partager, il nous révèle un réel talent d’auteur à suspens de romans policiers et de contre espionnage.

Son héros, Frédéric, jeune fonctionnaire de la DGSE à la personnalité instable et tourmentée, se trouve, à travers un banal correspondant, Zachaïo, qu’il « traite » sur le Net, amené à suivre l’apparition au fond de l’Afrique, puis la montée en puissance sur la scène internationale d’un nouveau prophète, Juwna. Du fait du jeu des médias et des services spéciaux, les quelques propos sentencieux de celui-ci et jusqu’à ses silences le rendent aussi célèbre que craint dans le monde entier. L’auteur décrit avec humour la psychose qui s’empare des chancelleries et des cellules de crise.

Telle une galerie de portraits, il dépeint avec une féroce ironie, les réactions des meilleurs analystes. S’ajoutent au roman les ingrédients habituels, la belle asiatique en quête d’aventure, quelques paumés de la société de consommation devenus mercenaires et, surtout, un monde conduit par la rumeur, que les grèves paralysent, où les bourses s’effondrent et où un mouvement « break the machine » fera balancer les ordinateurs du haut des gratte ciel, comme on cassait l’outil de travail à la fin du 19ème siècle

Juwna, le sage et le prophète persécuté, après avoir échappé à plusieurs attentats, finira par périr, ou plutôt par disparaître dans les eaux de ce lac Victoria, puits de mémoire et de rédemption de son univers.
Toute ressemblance avec l’ennemi public international du moment n’est évidemment pas fortuite.

La qualité du style de Durin-Valois, reconnue par l’Académie et par ses pairs, est ici source de jubilation, tant il se plait, « à l’Africaine » non seulement à multiplier les qualificatifs mais aussi les aphorismes les plus sophistiqués, dont un bon dictionnaire nous rappellera le sens. n

Raymond Césaire

Latitudes,Attitudes

On ne peut trouver deux livres (parus cette année) plus différents concernant l’Afrique que celui de François Fournier : « 15° 30 de latitude noire »*, édition Thélès et celui de Gaston Kelman (Max Milo Editions) « Je suis noir et je n’aime pas le manioc ».

Le parallèle « latitude 15°30 » est celui de la limite entre le Sahara et la zone sahélienne de l’ex Soudan français et du Niger. L’époque, c’est celle de la colonisation française juste avant les indépendances, le sujet c’est la vie, les soucis et les images ramenées par un administrateur de brousse, puis de chef-lieu, mémorialiste de bonne foi.

Autre parallèle : le 45°30 de latitude nord qui traverse la France en deux.
L’auteur est né en Bourgogne, Français de naissance, marié à une française, directeur d’un organisme officiel français, mais ... mais … il est noir.


Contrairement à Senghor qui exalte et magnifie sa négritude, celle de Gaston Kelman lui « colle à la peau » et il en souffre visiblement... il se défend par l’ironie, les bons mots et la lucidité.
Il raconte dans son livre avec verve et esprit, avec clairvoyance aussi, comment vivent et ce que ressentent les migrants en but, dans la vie française de tous les jours, au racisme, aux vexations gratuites (le plus souvent stupides).

Ces migrants, frères par la couleur, mais si étrangers pour un français « de souche », pourrait-on dire.

2 latitudes, 2 attitudes !

Jean Serjac

La vie d'AROM

Activités de l'association

Depuis son dernier bulletin (en juin) AROM, en dépit de la période « vacancière », peu propice aux relations extérieures a poursuivi – et même élargi – son activité et son audience.

D’abord, la perception, en septembre de la subvention de 10 000 euros du Ministère des Affaires Etrangères a permis de renforcer (pas encore suffisamment) le secrétariat et d’engager quelques dépenses jusque là différées.

Ainsi, en octobre, 2 projets annoncés précédemment ont commencé à être mis à exécution :
• début de constitution d’un fonds documentaire : une centaine de documents pour un premier temps. Une première liste envoyée à tous les membres en attendant de pouvoir être diffusée à l’extérieur notamment aux universitaires et chercheurs qui, apparemment, s’intéressent de plus en plus à la période dite « coloniale ».

Ce fonds va être adossé par quelques abonnements (Jeune Afrique) à la disposition de tous les membres.

La marque AMINTER a été reprise pour pouvoir disposer des articles publiés sous ce nom.

Une première liste des auteurs AROM (25 titres indiqués par *) dont les livres peuvent être livrés aux autres membres AROM au prix « libraire » a été établie. Il s’agit là d’une œuvre de promotion culturelle, l’association ne répercutant que le montant de la facture des éditeurs. L’expérience montrera si cette opération rencontre ou non un intérêt positif et s’il serait utile de la compléter par un suivi de prêt ; il s’agirait alors d’un début de service de documentation pour l’Outre Mer français. A débattre lors de la prochaine assemblée.

Les déplacements envisagés se précisent au fur et à mesure que les programmes évoluent.

• La visite à Bruxelles auprès des anciens administrateurs belges de l’association : mémoires du Congo aura lieu le 26 novembre avec la participation d’administrateurs d’AROM connaisseurs des « 2 Congo ».

• La visite à Dinan sera complétée par une manifestation au mémorial de souvenirs d’Indochine (voir Bulletin 1) pour rendre hommage aux 32 administrateurs victimes des Japonais ou du Vietminh. Monsieur Messmer a accepté que la cérémonie soit placée sous son haut patronage, Elle pourrait avoir lieu le 9 mars 2005 (anniversaire du coup de force japonais de 1945) et serait organisée avec l’association des anciens élèves de la FOM, gardienne officielle, avec son drapeau, de la mémoire de l’Ecole .

• La visite à Bamako est toujours envisagée pour le début 2005. Elle sera précisée après la visite que compte effectuer avant la fin de l’année. Madame Audibert qui doit être reçue par le président Ahmadou Toumani Touré.

Par ailleurs, AROM a multiplié les contacts avec d’autres associations dont l’action prolonge – ou précède – la sienne, en signant des participations d’adhésions croisées recommandées par le conseil d’administration du 17 septembre.

Ainsi en est-il des associations « Images et mémoires » et aussi « Frères d’armes » dont on trouvera une description ci-après.

Le président d’Images et Mémoires sera du voyage de Bruxelles. Deux officiers : un colonel malien et un lieutenant saoudien, présentés par Frères d’armes, ont trouvé un parrain chez deux dirigeants d’AROM. Parrainage que l’association aimerait voir se développer car ce moyen de contacts privilégiés avec des cadres- en principe riches d’avenir – des pays amis rentre tout à fait dans les objectifs d’AROM.

Un accord doit être également passé avec l’EMSOME (Ecole Militaire de Spécialisation de l’Outre Mer et de l’Etranger). Beaucoup de liens sont à tisser avec cet établissement tourné vers l’Outre Mer. Son commandant, le général Bulit, qui a reçu très aimablement le président d’AROM et le vice président, le général Chavannes. L’Ecole gère la revue des Troupes de Marine « L’Ancre d’or » (échanges d’articles en cours) et se considère comme une « Académie des sciences d’Outre Mer militaire, une académie à laquelle est déjà rattachée le musée des Troupes de Marine de Fréjus.

LES GENS D’AROM et leur courrier

Les gens :
Pierre Messmer, ancien Premier Ministre a été nommé membre d’honneur d’AROM
Henri Senghor, ambassadeur du Sénégal a été nommé également membre d’honneur
Franck Gaston est décédé le 3 octobre 2004.

Le courrier :
E Mail reçu d’un membre d’AROM qui se plaint qu’une de ses parente burkinabé s’est vue refuser un visa demandé pour aller passer les fêtes chez lui.
Devons-nous réserver notre amitié aux habitants blancs des pays riches ? Nous pourrons toujours tenir de beaux discours, publier des revues et organiser des conférences, la réalité, elle, est bien là. J’avais déja ressenti cela quand j’enseignais à l’université franco-turque Galatasaray d’Istanbul. Mes étudiants étaient si mal reçus des services consulaires, qu’ils ne mettaient jamais les pieds à l’Institut d’études françaises et à sa bibliothèque ...
Finalement, les deux premiers termes de notre sigle : amitié et réalité sont en totale contradiction ...
AROM est intervenu pour essayer de démentir la dernière phrase.

 
Arom et l’Association FRERES D’ARMES. Une structure d’accueil et d’amitié pour les militaires étrangers

L’association Frères d’Armes a été créée il y a 20 ans d’une part pour faciliter l’accueil et le séjour en France des stagiaires militaires étrangers reçus dans les établissements du ministère de la défense, d’autre part pour entretenir les liens historiques noués avec les anciens combattants étrangers ayant servi dans les rangs de l’armée française.

Elle organise des activités ciblées correspondant à ces objectifs :

- Publications destinées à faciliter l’accueil et le séjour des stagiaires étrangers : guide d’accueil en français et en anglais, guide des relations internationales de défense, bulletin d’information et de liaison, livre « Héros méconnus », véritable mémorial dédié aux anciens tirailleurs sénégalais africains et malgaches des deux guerres mondiales.
- Activités à caractère social touristiques ou ludiques visant à mettre les stagiaires en relation avec des personnalités de la société civile et à leur permettre de découvrir la France : déjeuners rencontres, réception annuelle, sorties touristiques, concerts, aide sociale ou secours etc …
- Initiatives soutenant le devoir de mémoire : soutien aux musées et salles d’honneur, prix Frères d’Armes dans les lycées militaires africains, au collège interarmées de défense et au cours spécial de l’école militaire supérieure du management, soutien à des réalisations audiovisuelles.

L’association se veut œcuménique, universelle et internationale : elle ne pratique aucune distinction, discrimination, ou différence entre les races, les armées, les pays ou les sexes. Son action s’adresse à tous les stagiaires militaires étrangers sans qu’ils aient besoin de faire acte d’adhésion, et s’applique à toutes les écoles de la défense quelle que soit leur localisation.

Frères d’Armes soutient activement les actions de parrainage des officiers étrangers – qui sont tous de très grande qualité – par des familles françaises et souhaite que tous ceux et celles qui connaissent et aiment l’étranger s’associent à cette démarche.
Elle se félicite de la coopération qui s’est instaurée avec les dirigeants de l’AROM dont elle apprécie les objectifs et les réalisations et elle souhaite que les liens se renforcent au fil du temps.

Général Joël Marchand Président

AROM et Images et Mémoires (I & M)

L’association IMAGES ET MEMOIRES, créée à paris en mars 1995, regroupe des chercheurs, collectionneurs et techniciens de tous horizons s’intéressant à l’iconographie ancienne et moderne d’Afrique, de Madagascar et de tous les pays du Sud ; Ses fondateurs et animateurs, avant même de ces pays. Sensibles aux abondants « trésors d’images » existants, ils avaient déjà à leur actif les expositions réalisées à Dakar, Abidjan, Bouaké, Bamako et Lomé entre 1977 et 1996. Partant du constat que ces images, de toute nature, se trouvent encore à 90% et pour des raisons évidentes, hors des pays concernés, I & M souhaite oeuvrer au profit des patrimoines culturels du Sud, en coopération sur place avec les gouvernements, les institutions, les chercheurs et les étudiants. Elle travaille donc à faire connaître les images existantes de toutes catégories et provenances, à les répertorier, à les révéler par expositions et tous autres moyens d’information, à aider enfin ces pays à acquérir les originaux ou à les faire reproduire par tous procédés techniques actuellement disponibles pour intégration définitive dans leurs médiathèques, iconothèques et dépôts d’archives.
Dans cet esprit, en l’espace de bientôt dix ans I & M a établi les inventaires raisonnés de cartes postales anciennes de l’ancienne AOF et entamé ceux de tous les autres pays au sud du Sahara. L’association a également publié une quarantaine d’études dans le cadre de son programme de recherches « villages noirs » concernant des « villages » ethnographiques et artisanaux présentés en France et en Europe en 1889 et 1930. un ouvrage de synthèse « Villages noirs » a été publié chez Khartala en 2001. Enfin, un cédérom « Cartes postales d’Afrique de l’Ouest 1895 – 1930 », comportant pas moins de 3236 images des 16 pays membres de la CEDEAO a été publié en 1997.

I & M apporte également son appui à l’organisation d’expositions et aux travaux de documentation iconographique des étudiants et universitaires.A ce titre, notamment, elle est en mesure de compléter sur le plan iconographique les manifestations organisées en partenariat avec AROM.n

Philippe David Président

 

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